Chers amis, chers frères et chères sœurs, 

Les temps que nous vivons sont des plus étranges. Nous les vivons certainement en éprouvant une peur pour nos proches, pour les plus faibles, les plus démunis, et pour nous-mêmes. Nous pouvons également les vivre en éprouvant une profonde admiration et en exprimant toute notre reconnaissance à ces femmes et à ces hommes qui par leur métier de santé cherchent à sauver tant de vies humaines. Nous pouvons encore les vivre en adoptant comme nous le demande l’autorité publique une attitude citoyenne. Oui de notre volonté à respecter le confinement dépend l’évolution de la pandémie. Permettez-moi d’insister sur ce point : nous sommes des femmes et des hommes de la cité et nous devons par conséquent adopter une attitude responsable contre tout ce qui menace le bien commun. Respectons donc les consignes de confinement et de restriction des proximités entre nous.

Lorsque je médite sur ce que nous vivons aujourd’hui, deux termes me viennent immédiatement à l’esprit : l’absence et la fragilité de l’existence.

L’absence :

Nous devons aujourd’hui nous tenir éloignés de tout ce qui compose habituellement notre quotidien, et d’abord de la plupart des personnes avec qui nous sommes en contact dans le cadre de nos liens familiaux, mais aussi de tous nos amis, de tous nos collègues de travail, de toutes personnes encore qui interviennent régulièrement ou inopinément dans nos relations sociales.

Pour les chrétiens, une autre absence se manifeste, une absence  qui met à l’épreuve ce qui constitue l’essence même de l’Eglise : l’absence du rassemblement physique autour de l’acte liturgique. Cette absence est d’autant plus douloureuse, qu’en ces temps difficiles, nous voudrions disposer de toute la liberté souhaitable pour déposer nos craintes et nos épreuves, mais aussi nos espoirs, nous voudrions aussi formuler nos prières et renouveler l’expression de notre de foi, déposer donc tout cela, individuellement et collectivement, précisément là dans ce lieu consacré à Dieu. Le corps que nous constituons cependant demeure. Il demeure authentiquement avec ce désir que nous entretenons tous de pouvoir recevoir tous ensemble, lorsque notre foi en notre Sauveur le Christ de nouveau nous rassemblera dans l’enceinte de nos églises, le pain de vie et le vin du royaume.

Ce temps reviendra et dans l’intervalle qui aujourd’hui nous en sépare, cultivons, affinons notre désir de Dieu, renforçons le sentiment de notre lien à ce Dieu qui se manifeste comme le Dieu unique, unique par sa volonté de nous communiquer si abondamment et si gracieusement sa propre vie.

Frères et sœurs, notre monde et notre temps sont probablement trop dominés par l’emprise permanente du « devoir-faire » et la crise que nous vivons actuellement est peut-être un symptôme de cette emprise. Oui, j’en suis intimement persuadé, nous sommes invités à revenir à un sens approfondi de ce que signifie « être », et pour les chrétiens, « être » à proportion de l’appel par lequel Jésus le Christ nous interpelle à suivre son chemin vers le Père. Dans les jours qui viennent, nous sommes sans doute invités à « moins faire » pour laisser cet appel à beaucoup plus « être » s’éclore en nous. Ce sera peut-être en nous sentant fort d’avoir écouté cet appel à plus et à mieux être, que nous dépasserons nos peurs et que nous nous rendrons plus libres d’être là auprès de tous ceux que cette crise aura frappé.

La fragilité de l’existence :

La fragilité de l’existence, voilà un sentiment qui ne nous est plus du tout familier.
Nos ancêtres vivaient quotidiennement avec ce sentiment. Du fait de la faiblesse des ressources, de l’absence d’un système médical et éducatif moderne, avec les menaces persistantes de la famine, des épidémies et de la guerre, nos ancêtres vivaient quotidiennement avec un tel sentiment. Ils en concevaient plus volontiers une forme de la vie marquée par l’idée de passage et par la possibilité d’une interruption brutale de cette vie. De ce fait, ils étaient peut-être plus aisément enclins à vouloir donner un sens collectif (philosophique, religieux, politique) à ce passage. Les temps modernes ont permis que les positions quant à ce sens puissent être librement débattues et adoptées. Sans vouloir tomber dans une vision catastrophiste du monde contemporain, sans donc affirmer que toutes les menaces qui pesaient sur nos ancêtres sont revenues sous une forme nouvelle et plus globale, en ne niant cependant pas que notre monde est soumis à des défis inédits, il est bon de se souvenir combien nous sommes tous sur cette terre des pèlerins.

Le carême est précisément ce temps de l’année liturgique où les chrétiens envisagent la vie comme un passage. Il y a cette montée vers le Golgotha, précisément la montée du Christ vers sa propre mort. La mort du Christ n’est pas simplement un fait passé, mais elle est surtout aux yeux de Dieu l’événement par lequel il joint à l’histoire de l’humanité sa propre miséricorde et un amour sans reste. Ce que Dieu nous dit de notre propre mort dans la mort du Christ, cela nous pouvons le recueillir patiemment, afin que nos propres morts à venir s’insèrent toujours plus délicatement dans la mort de celui-là seul qui est mort pour tous. Oui frères et sœurs, notre passage sur cette terre comme pèlerins exige que nous reconnaissions combien l’existence humaine est soumise à la loi de sa fragilité. Dans chaque et toute petite lumière qui s’éteint, les chrétiens espèrent que la lumière pascale manifeste, au moment voulu par Dieu, toute la force d’une vie qu’il a faite irréversiblement victorieuse de la mort : « Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. (Apocalypse 21) »

Chers frères et sœurs, en tant que curé-affectataire, j’ai décidé de laisser l’église de Saint-Eustache totalement fermée. Le gouvernement autorise une ouverture réglementée des églises, mais il m’a semblé bon dans ces premiers temps de la pandémie de respecter radicalement le principe du confinement. Par ailleurs, 6 salariés et 5 musiciens salariés ont été placés en chômage partiel depuis mardi matin. Dès lundi soir, j’ai également demandé à tous les bénévoles de la paroisse de ne plus venir. Le principe est ici celui de la précaution. Dans ces conditions et en tenant compte de la grandeur de l’église, il m’a paru d’autant plus difficile de la maintenir ouverte. Enfin, Saint-Eustache contient des œuvres d’art, et il est nécessaire d’en garantir la sécurité.

Je sais que certains d’entre vous et dans les limites du périmètre encadrant leur confinement auraient souhaités entrer dans leur église. Sachez cependant que ma décision fut extrêmement difficile à prendre et je compte sur votre compréhension. Pour les obsèques (limitées au rassemblement de 20 personnes), l’église demeure bien évidemment mobilisable. Toute l’équipe des prêtres est restée pour garantir une permanence et pour assurer le maintien du contact avec vous.

Pendant ce temps de confinement, je vous propose ceci :

  • Prenez le temps de lire les Saintes Ecritures, plus particulièrement les textes du jour. Ceux-ci sont disponibles sur le site AELF (aelf.org). Ce site est remarquable. Chaque jour l’un des prêtres de Saint-Eustache vous propose une méditation de ces textes, et le dimanche, écrira pour vous une homélie. Tout ceci est disponible sur le site paroissial (www.saint-eustache.org). Sur ce même site, vous pourrez vous inscrire afin de recevoir la lettre d’informations de Saint-Eustache. Madame Mairé Palacios Garnero, responsable de la communication (communication@saint-eustache.org), reste à votre disposition pour toute demande d’information complémentaire.
  • N’hésitez pas à consulter le site KTO pour notamment y suivre les offices présidés par notre Archevêque, Monseigneur Michel Aupetit. Chaque matin, notre Archevêque parle quelques minutes sur Radio-Notre Dame. Suivez également les interventions et discours du Pape François. Ce temps de confinement nous rappellera ainsi que nous appartenons à une Église qui rassemble au-delà du seul terrain paroissial, au niveau même du Diocèse, au niveau de l’Église universelle. L’occasion peut être aussi bonne d’écouter ce que nos frères et sœurs en baptême disent de leurs épreuves et de leurs espérances en ce temps de crise. Grâce au site de l’Oratoire du Louvre (oratoiredulouvre.fr), notre voisin, nous pouvons écouter les homélies des deux pasteures, mesdames Béatrice Cléro-Mazire et Agnès Adeline-Schaeffer. Je vous recommande enfin vivement d’écouter sur le site du journal La Croix l’allocution du Père François Euvé s.j.

Chères paroissiennes et chers paroissiens, chères amies et chers amis, les vicaires de Saint-Eustache et moi-même sommes vraiment soucieux de vous et nous vous assurons de tout notre dévouement. Chacune des prières que nous portons, cela l’Esprit saint le rassemble et ainsi nous unit. Que nos saints patrons, saint Eustache, sainte Agnès, saint Louis, ainsi que les saints patrons de notre ville, sainte Geneviève et saint Denis intercèdent pour nous.

Yves Trocheris
Prêtre de l’Oratoire de France
Curé de Saint-Eustache


📌 Accès à l’église Saint-Eustache :

➡️ Les messes et événements publics sont suspendus jusqu’à nouvel ordre.
➡️ Les réunions sont annulées. Elles reprendront lorsque les conditions le permettront.
➡️ Toute l’équipe des prêtres de Saint-Eustache est restée à Paris et reste ici sur le lieu pour y assurer son gardiennage, et surtout le contact avec vous tous.
🔴 Un numéro d’urgence pour joindre l’église à toute heure en privilégiant le sms : 07 79 98 09 76

 

Message du P. Yves Trocheris

Message du P. Yves Trocheris, prêtre de l'Oratoire de France, curé de l'Eglise Saint-Eustache.

Publiée par Eglise Saint-Eustache sur Mardi 24 mars 2020