Evangile du vendredi 25 novembre 2022

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (21, 29-33)

 

En ce temps-là,

Jésus dit à ses disciples cette parabole :

« Voyez le figuier et tous les autres arbres.

Regardez-les :

dès qu’ils bourgeonnent,

vous savez que l’été est tout proche.

De même, vous aussi,

lorsque vous verrez arriver cela,

sachez que le royaume de Dieu est proche.

Amen, je vous le dis :

cette génération ne passera pas

sans que tout cela n’arrive.

Le ciel et la terre passeront,

mes paroles ne passeront pas. »

 

Méditation : « Préférer la douceur de la Parole au fracas des faux-semblants »

 

Le chapitre 21 de l’Évangile de Luc est effrayant. A ceux qui mettent leur confiance dans l’édifice cultuel monumental qu’est le Temple d’Hérode et invitent à l’admiration du bâtiment, Jésus prédit la destruction, la catastrophe, tout comme il l’avait fait au tout début de son entrée messianique à Jérusalem en pleurant sur la ville qui n’a pas accueilli son Seigneur : « Il n’en restera pas pierre sur pierre ».

La prophétie de destruction retentit singulièrement aux oreilles des fils d’Israël dont la mémoire garde précieusement le souvenir de la prise de Jérusalem et de l’Exil. Avec cet événement, c’est toute une conception politico-religieuse qui s’effondrait et poussait Israël à reprendre son histoire, ses valeurs, sa foi, l’image qu’il se faisait de son Dieu. Au moment où Luc écrit, l’histoire se répète.

Mais Jésus porte ici la destruction au carré. Sous le motif du Retour du Christ, c’est à une catastrophe anthropologique et cosmique que nous assistons. La destruction née de la division atteint non seulement les nations qui se dressent les unes contre les autres mais aussi la famille, les amis… Elle se porte aussi sur la ville sainte, Jérusalem. Le Ciel même est touché par la dévastation. On peut bien sûr se rassurer en expliquant que Luc recourt à un langage apocalyptique courant à l’époque, ce qui n’est pas faux, bien sûr, mais on est aussi en droit d’y voir un avertissement, une « révélation » justement.

Pour en comprendre la teneur, il faut revenir à l’image du figuier plein de sève au printemps dont les premières pousses annoncent l’été. Il n’y a pas d’image plus douce, plus printanière, plus opposée à toute la débauche de destruction des propos précédents que celle de ce figuier qui pousse et bourgeonne au soleil.

Ce qui est révélé par ce contraste, c’est le peu de valeur de tous ces « signes extérieurs », la richesse bien sûr mais aussi les manifestations « religieuses », comme le Temple lui-même. Tout cela passe. Ce qui reste et ne passe pas, c’est la Parole, fragile et légère, qui se fait entendre au-delà de tout. Elle seule demeure, en elle se trouve le Royaume.
Écoutons donc la grande leçon de cette parabole : repérer, malgré les événements négatifs, voire même en tout événement, même négatif, la Parole en germe et à l’œuvre et, par contraste, éviter les faux-semblants et les attachements, apparemment les plus importants, qui y sont liés. C’est un exercice de discernement difficile mais indispensable, surtout au moment où les divisions s’exacerbent un peu partout et où l’Église elle-même semble imploser inexorablement.

Jean-Pierre Rosa, paroissien de Saint-Eustache