Les artistes ne représentent plus seulement le vivant, elles et ils travaillent avec lui. Leurs démarches et leurs œuvres invitent les humains à entrer dans de nouvelles relations avec les plantes, les animaux, mais aussi à revisiter des références symboliques pour notre grand émerveillement. Dans le cadre du prix Rubis mécénat, la carte blanche donnée à Rémi Marcel, diplômé des Beaux-Arts en 2026, est composée de deux magistrales demi-colonnes de part et d’autre de la nef. La première est en argile, travaillée à pleine main. Dans un socle de terre, l’artiste et le public du vernissage ont semé des grains de blé ancien ; grâce à un système de circulation d’eau rendu visible, leur germination a commencé, la durée de l’exposition ne permettant d’aller jusqu’à la moisson. La seconde demi-colonne est un double en plâtre de la première : une sorte de vestige archéologique du cycle du vivant. L’ensemble résonne de multiples manières avec son environnement. Les Halles, bien sûr, autrefois le centre de l’alimentation de toute la région et surtout la Bourse aux grains, devenue un haut lieu de l’art contemporain. Si vous avez la chance de dîner dans son restaurant, on vous donnera un souvenir : un petit cornet de graines à planter où vous voulez ! Étrangeté de la reprise des gestes traditionnels du monde rural en plein centre urbain. On a domestiqué le blé, et, en retour, le blé nous a structurés. Rémi Marcel est très sensible à cet univers agricole ancestral, il l’interprète et nous surprend.
Ici, l’église vit au rythme de textes où le pain exprime cette symbolique centrale : être ensemble pour vivre d’une parole et célébrer une présence. La semence, la graine y sont continuellement évoquées dans tout leur cycle de vie. L’œuvre de Rémi Marcel y concourt ; on peut y voir une image du verset de Marc 4-27 : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. »
Ce qui se joue à Saint-Eustache est le temps de la germination, le temps du silence et de la transformation profonde.
Le « Sans titre » de Rémi Marcel est un point de départ, une installation de l’attente.
Avant d’entrer aux Beaux-Arts, l’artiste était pâtissier ; il connait les gestes du boulanger. Étaient-ce les semences de sa démarche artistique ?
Michel Micheau, membre du Collège visuel de Saint-Eustache
