Homélie du 8 novembre 2020 du frère Gilles-Hervé Masson o.p

Homélie du 8 novembre 2020 du frère Gilles-Hervé Masson o.p

32ème dimanche du Temps Ordinaire

Sagesse 6, 12-16 | 1 Th 4, 13-18 | Matthieu 25, 1-14

 

Frères et sœurs, chers amis,
Lorsque l’on aborde au 32ème dimanche du temps liturgique, on sait que l’on commence comme un compte à rebours qui nous conduit au terme de l’année liturgique. Alors, au 34ème dimanche, le cycle annuel de notre lectionnaire s’achève. Et c’est peut être pour nous l’occasion d’une action de grâces pour tout ce que nous aurons reçu de la Parole du Seigneur au fil de nos rendez-vous dominicaux ou lors de grandes fêtes ; Ce peut être aussi l’occasion d’un petit coup d’œil rétrospectif pour mesurer quelque peu le chemin parcouru à l’écoute de la Parole puisque c’est bien de cela qu’il s’agit dans nos liturgies : elles sont un échange de paroles entre le Seigneur qui s’adresse à tous et à chacun et nous-mêmes qui lui répondons ; nous-même aussi qui laissons la parole circuler parmi nous pour éclairer et nourrir notre quête de sens mais aussi pour porter du fruit dans des œuvres bonnes. L’avertissement de saint Jacques ne perdra jamais son actualité : « devenez des réalisateurs de la Parole, et pas seulement des auditeurs qui s’abuseraient eux-mêmes » (traduction TOB qui est assez proche de la littéralité du texte alors qu’on entend souvent la version liturgique : « mettez la parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion ».

En d’autres termes, il s’agit d’être ou de se rendre fidèles à la dynamique profonde de la Parole. L’écoute attentive et qui accueille se révèle authentique lorsqu’elle engendre une mise en route et un chemin vers le prochain. Cela n’exclut pas l’extase ou l’éblouissement intellectuel… Mais laissé à lui seul, il faut se rappeler que l’enchantement du sens n’est, selon saint Jacques – mais aussi de saint Jean – que de peu d’utilité. D’où une question qui peut faire partie de regard rétrospectif que je vous proposais en commençant : en en suis-je de mon écoute ? Qu’est ce que j’attends de la Parole proclamée ? Suis-je prêt à me livrer à la lumière et aux exigences de ce que le Seigneur a à me dire ? Suis-je prêt comme il l’a fait à parcourir le chemin qui va de la Parole qui se donne au don de soi au titre de la Parole entendue ?
Très loin d’être une sorte de « prise de tête » (passez moi l’expression) un peu moralisante c’est tout l’enjeu de notre rapport à la révélation qui se joue ici : il s’agit bien d’entrer en dia-logue avec la Parole qui vient, profondément, renouveler l’être de chacun. Si, au contraire, on la tient à distance elle demeure alors tout à fait inopérante.

Ces trois derniers dimanches de l’année liturgique sont tout à fait propices à ressaisir justement notre rapport à la Parole. Il se trouve qu’au terme de l’année A (celle que nous achevons) ils ont un trait particulier : ils nous donnent de traverser de bout en bout le chapitre 25 de l’Évangile selon saint Matthieu. Dernier chapitre avant les évènements de la Passion, mort et résurrection du Seigneur. Nous commençons aujourd’hui avec la parabole « des vierges sages et des vierges insensées ». Nous poursuivrons avec celle des talents dimanche prochain avant de finir avec l’évocation du jugement dernier. Dans tout cela, de quoi est-il question ? Seulement du Royaume. Et c’est ce mot que je vous invite à retenir, avec l’expression qui va avec « Royaume des cieux ». Vous souvient-il qu’il apparaît déjà sur les lèvres de Jean-Baptiste qui proclame : « Convertissez-vous car le Royaume des Cieux est tout proche » (3, 2). Et dès la première béatitude, on le retrouve : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux ». À chaque « signe de puissance » (expression que l’on préfèrera à miracle ou prodige) que posera Jésus, à chaque parole même qu’il prononcera, en toute rencontre qu’il effectuera il ne s’agira jamais d’autre chose que de donner à percevoir le Royaume qui vient… qui même est déjà là. Toujours le Seigneur parlera et agira pour rendre ses auditeurs et les témoins de son action sensibles à la réalité de ce Royaume attendu mais … insaisissable. Chacun chemine avec son idée sur ce qu’est ou devrait être le Royaume de Dieu sur terre mais Jésus ne dira jamais autre chose que ce qu’il dit encore aujourd’hui : « Le Royaume des Cieux est comparable à … », « Alors il en sera du Royaume des cieux comme… ». À distance de toutes les idées que les hommes pourraient s’en faire, à distance aussi de toutes les réalisations concrètes qu’ils attendraient, Jésus va son chemin. Son propos est pour la terre et pour les hommes mais il ne répond pas aux mêmes lois. Surtout il est soustrait à toute la mondanité attachée au pouvoir (et à tout ce qui va avec, singulièrement le lucre). C’est justement au cœur de sa confrontation avec les pouvoirs politiques et religieux, lors de la Passion, que Jésus dira, dans une formule sans appel rapportée par Jean : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36).

Quiconque veut être disciple en sait toutefois assez pour se mettre en chemin. Tout d’abord la charte du Royaume existe : elle est donnée dans les Béatitudes et développée dans le Sermon sur la montagne (Mt 5-7). Tout au long de la prédication de Jésus, le Royaume est esquissé avec ses exigences de justice, de sobriété, d’attention au prochain, d’amour et de pardon pour les pécheurs, d’enracinement dans la prière… On pourrait énumérer encore. Mais aujourd’hui, à la faveur de la parabole (encore une) des dix vierges je relève une caractéristique du Royaume, celle-là même sur laquelle ce chapitre 25 de Matthieu attire notre attention. Ce Royaume il se vit et se conjugue essentiellement au présent. Dès qu’il est proclamé et que commence la moindre, la plus petite (peut-être considérée comme insignifiante) de ses manifestations il est bel et bien là et là tout entier : « Quiconque aura donné à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche…en vérité je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense » (10, 42). De sorte que le Royaume est présent dans ses plus modestes commencements comme il le sera dans sa réalisation pleine et entière, achevée.
Ce qui compte c’est que les disciples souscrivent à l’urgence du Royaume et qu’ils sachent soit en repérer la trace dans la vie des hommes, soit en inscrire la trace dans leurs vies (la vie de chacun d’entre eux) aussi bien que dans la vie de leurs frères humains et du monde. Ne peut-on pas penser que ceux et celles qui se dévouent avec compétence et sans compter leurs forces à panser les souffrances des temps que nous vivons – entre pandémie et dangers de toutes sortes (notamment terroristes) – sont dans l’axe de la charte du Royaume et en manifestent la trace. Les disciples du Christ ne sauraient être en reste. D’autant que si l’annonce du Royaume leur est confiée, ce Royaume ne leur appartient pas pour autant et cela reste le privilège de Dieu d’en fixer les frontières. Il est peut être bon de le rappeler.

Urgence donc à ne pas manquer le rendez-vous avec le Maître des noces, lors de la grande fête messianique des temps accomplis. Urgence à n’être pas occupés à autre chose qu’à travailler pour « que vienne le Règne » que nous demandons dans la prière. Qu’à toute heure, du jour ou de la nuit, de la veille ou du sommeil, le Maître du Royaume trouve ses disciples prêts à entrer dans sa joie après avoir servi selon sa volonté.

 

Avec cette deuxième séquence de confinement, l’impossibilité de célébrer avec la communauté présente, votre paroisse est privée d’une majeure partie de ses ressources financières régulières. La quête physique disparaît donc. Nous vous proposons une alternative pour donner à votre paroisse et vous remercions grandement de votre générosité.

JE DONNE LA QUÊTE EN LIGNE

 



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