Lully et Charpentier au service d’une même hymne d’action de grâce
Il y a deux ans, à l’occasion des 800 ans de la paroisse de l’Église Saint-Eustache, nous avions abordé une grande partie du Te Deum de Jean-Baptiste Lully dans une version allégée, accompagnée uniquement par le grand orgue de Saint-Eustache et un clavecin pour les interventions des chanteurs solistes.
Cette expérience fut profondément enrichissante, mais elle laissait aussi une forme de frustration : celle de ne pas pouvoir donner l’œuvre dans toute son ampleur et sa richesse originelles. Car ce Te Deum, l’un des plus célèbres du règne de Louis XIV, fut sans doute l’œuvre la plus jouée de son temps.
Entendre deux compositeurs traiter un même texte selon une structure similaire, soumise à des codes esthétiques symbolisant la puissance royale, révèle pourtant deux univers profondément différents.
Chez Lully, on retrouve l’éclat de la musique française, le sens de la danse, du théâtre et de l’opéra. Chez Charpentier, fortement marqué par l’Italie, s’exprime une écriture plus intérieure, plus singulière, parfois plus audacieuse. Compositeur indépendant et raffiné, il dut longtemps évoluer dans l’ombre du monopole imposé par Lully.
La confrontation de ces deux œuvres est d’autant plus fascinante que leurs destins historiques divergent. D’un côté, le Te Deum du puissant et célébrissime Lully ; de l’autre, celui de Charpentier, longtemps oublié avant d’être redécouvert au XXe siècle, jusqu’à devenir mondialement célèbre grâce à son prélude choisi comme indicatif de l’Eurovision.
À la question : « Lequel préférez-vous ? », je serais incapable de répondre. La comparaison me semble impossible tant ces deux œuvres possèdent chacune leur force propre. Toutes deux témoignent d’une pensée musicale remarquable où expressivité, spiritualité et théâtralité deviennent presque palpables.
Ce concert représente un véritable défi pour les Chanteurs de l’église Saint-Eustache, mais surtout un grand moment de fête musicale. Il nous semblait naturel de faire résonner ces pages dans le vaste vaisseau de Saint-Eustache, témoin notamment du baptême du jeune Louis-Dieudonné, futur Louis XIV, en 1643.
Lionel Cloarec, président des Chanteurs de Saint-Eustache
