Sans doute vous souvenez-vous des 20 chrétiens coptes d’Egypte, décapités en Libye, et dont l’exécution avait été médiatisée par les bourreaux (15 février 2015). Peut-être avez-vous eu l’information de la 21e personne : un travailleur ghanéen qui n’était pas chrétien et qui avait pourtant subi le martyre en même temps. On pouvait lire sur ses lèvres les dernières paroles répétées tout le temps de la prise de vue, les suivantes : « leur Dieu est le mien ». Il s’était converti en voyant la constance des 20 prisonniers maltraités par leurs geôliers, et on peut le penser, autant dans l’affirmation maintenue de leur foi que dans le pardon invoqué pour leurs bourreaux.
Et pourtant dans nos propres vies, combien il est difficile de pardonner, lors d’un repas familial par exemple, où une réflexion fuse, peu gentille mais pas mortelle… Nous la ressassons, et nous méditons une réponse bien sentie… Et combien en rapport à cela, le pardon que Dieu nous octroie lorsque nous venons le Lui demander, est parfois reçu avec tant de légèreté, sinon d’insouciance… alors qu’il s’agit tout de même d’offense de notre part envers notre Dieu ( !)… notre créateur et sauveur ! Celui qui nous tire de la mort et qui nous donne accès, depuis notre baptême, à la vie éternelle… !
On comprend alors bien la demande de saint Pierre, de savoir s’il faut pardonner « 7 fois »… c’est-à-dire « beaucoup »… Et le Christ de lui répondre, « 70 fois 7 fois » ! Si on compte bien, cela vaut 490 fois. En comptant sur 1 année, c’est au moins « 1 fois par jour »… (1,34 par jour) ; réparti sur un mois, c’est au moins « 40,83 fois » ; réparti sur une semaine, c’est au moins « 9,42 fois » ; réparti sur une journée, c’est au moins « 20,41 fois » par heure ; soit, « 1 fois toutes les 2,93877 minutes ». Autrement dit : on a à peine le temps de formuler le pardon qu’il faut recommencer…
Ou alors il s’agit d’autre chose ! Regardons bien l’Evangile : « Ses compagnons, voyant cela (comment avait réagi celui qui avait été pardonné d’une telle somme impossible à rembourser), furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. » S’ils sont médusés, c’est bien parce qu’ils connaissent la bonté de leur maître (figure de Dieu dans la parabole) qui ne peut que pardonner ! A leurs yeux il devient alors incompréhensible qu’un serviteur pardonné d’une telle somme si importante et impossible à rembourser refuse, quand c’est son tour, de pardonner la peccadille de quelques sous que lui devrait un coreligionnaire ! La question pourrait être : « pourquoi n’a-t-il pas exercé envers son semblable ce pardon-miséricorde (pour une si petite somme) lui qui avait reçu sans mérite de sa part une remise de dette faramineuse et que même sa vie donnée n’aurait jamais pu rembourser ? ».
Le drame est bien là : il ne s’agit pas de « comptabiliser » les pardons… ni de comparer aux offenses… il s’agit d’entrer dans la miséricorde divine de Celui qui agit envers nous, pécheurs invétérés et récalcitrants, comme un Père bienveillant… Il s’agit d’un état nouveau de vie : de « vivre de la vie éternelle » et pas seulement de venir quémander un pansement pour notre ego… Il s’agit de nous lever et de suivre Celui qui nous sauve, encore, et à nouveau, chaque jour ! Allons-nous nous plaindre encore de la patience de Dieu ?
Merci, Seigneur, d’être si miséricordieux à notre égard… nous qui tardons tant à vivre ta Miséricorde !
P. Rémi Griveaux, vicaire
