“J’entendais aussi la voix des arbres” : le témoignage du paysagiste Théodore Rousseau (1812-1867), dont le Petit Palais présente une exposition sous- titrée “la voix de la forêt”, résume bien son attitude faite de contemplation et d’émerveillement. Choisissant une vie simple, en immersion dans la forêt, il devient le chef de file des artistes établis à Barbizon. Ses portraits d’arbres, à l’opposé du style académique, sont caractéristiques de sa production. Il devient vite un lanceur d’alertes, dénonçant dans plusieurs tableaux comme “le Massacre des innocents” (1847) les coupes systématiques (alors que le couvert forestier représentait 13% du territoire contre 31% aujourd’hui). Soutenu par Victor Hugo et George Sand, il obtient du ministre de l’Intérieur, auquel il adresse une pétition et une lettre en 1852, le classement de plusieurs secteurs de la forêt de Fontainebleau, d’abord en 1853 puis en 1861, pour leur valeur patrimoniale, une première mondiale.

 

Or, le cas Rousseau n’est pas isolé. Yves Figueiredo* a montré le rôle des artistes et écrivains américains dans l’éveil d’une conscience écologique aux E.U. Ainsi Thomas Cole, peintre de l’émerveillement devant les paysages grandioses, lanceur d’alerte avec “Essais sur le décor naturel américain” et auteur de nombre de paysages multipliant les troncs d’arbres coupés, plus encore que Rousseau, C F. Mathis** observe pour sa part le changement de regard sur le paysage dans l’Angleterre industrielle. Les lois et décrets comme le regard médical en France et Angleterre traduisent aussi l’attention croissante portée aux rejets industriels et urbains. Tel est le cas de la chanson populaire à Glasgow : « il y a du charbon dans l’air il y a du charbon sur nos visages, mais il y a de l’argent à Glasgow » citée par Mathis. Les constats dressés par le discours du Président Théodore Roosevelt : “Ici aux EU… nous détruisons nos forêts, exterminons nos poissons, les oiseaux, les mammifères…” datent de 1908.

 

Ces travaux récents et ces éléments factuels parmi d’autres racontent une chose : il y avait un certain niveau de conscience écologique au 19e siècle. Autrement dit, comme l’a observé récemment l’historien J.B. Fressoz, la crise environnementale n’est pas le résultat d’une inconscience qui aurait persisté jusqu’à nous.

C’est d’ailleurs ce que montre dès 2015 Laudato Si’ au chapitre 3 : le pape Francois choisit d’analyser nos imaginaires et les mythes de prédation et de domination qui sous-tendent nos sociétés. Appelant à une conversion, il mentionne des voies de sortie (§112), de nouvelles manières d’habiter la terre et de retrouver notre place et notre cohérence dans la création. Il nous rappelle les bénéfices qu’on peut en attendre en citant les évêques du Japon (§87) : “Entendre chaque créature chanter l’hymne de son existence, c’est vivre joyeusement dans l’amour de Dieu et l’espérance.”

Le groupe Conversion écologique

* Thèse relative à la gestation et à l’émergence d’un Parc de Yosemite en Californie, 2011

** In Nature we trust : les paysages anglais à l’ère industrielle, Ed PUPS, 2010