Avec la fête de l’Ascension, célébrée jeudi passé, le Christ « ne s’évade pas de notre condition humaine », comme le rappelle une des préfaces liturgiques. C’est avec son corps qu’Il est entré dans la gloire. Il ne déserte donc pas nos frontières, mais, en quelque sorte, Il prend l’air ! Il partage ainsi ce désir que nous avons, en pleine floraison du printemps, de respirer un air plus frais, léger, pur. Mais encore une fois, Il ne s’évade pas loin de nous. Son unique voyage, c’est le nôtre : aller au monde, puis du monde au Père. Avec l’Ascension du Christ, c’est bien « un homme avec sa chair glorifiée, un fruit de la terre, qui est désormais assis à la droite du Père », écrit saint Jean Damascène. Sa « montée au plus haut des cieux » le tient au plus haut de l’humain, et même de la plénitude de la Création, pour l’unir en Dieu à la fin des temps. Car, Celui qui est élevé « à la droite du Père » n’est pas un extra-terrestre, il est « fruit de la terre ».

Là, le paléontologue et théologien, Teilhard de Chardin, dont l’Ascension était l’une des fêtes préférées, envisage la nature cosmique du Christ, pour magnifier sa place dans le processus de l’évolution terrestre, le qualifiant même de Super-Christ : « le Christ est l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin de toute Création, la pierre de fondement et la clef de voûte, la Plénitude et le Plénifiant ». Disons alors, qu’en montant au ciel, le Christ embrasse la rotondité parfaite de la terre ; il récapitule l’unité de la Création toute entière. Telle une fiancée, la matière de l’Univers se trouve ainsi promise au Christ glorieux, ou en termes teilhardiens, à son « corps cosmique en phase de sublimation sous l’action transformatrice des énergies de l’amour » – ce qui renouvelle la manière de penser l’Incarnation divine, à l’écart de tout dualisme esprit/matière.

C’est dire enfin que nous sommes appelés nous-mêmes à monter, corps et âme, au cœur du mystère de Dieu. L’Ascension du Christ désire la nôtre. Nous le savons, il y a des ascensions qui écrasent les petits et pillent la terre. Celle à laquelle le Christ nous appelle en montant lui-même, donne à respirer un air libre, joyeux, fraternel, comme l’ascension d’une montagne ou simplement d’un arbre. Parce qu’elle atteint les cimes épurées, les neiges éternelles, elle élargit le regard très loin à l’horizon de l’Invisible, attentif aux fleurs inconnues. Elle « sauvegarde notre maison commune », dirait le Pape François. Une telle ascension au souffle rafraîchissant de l’Esprit Saint, désencombre, allège, rend glorieusement humble. À l’ère de l’« Anthropocène », il est temps de changer d’air !

                                                            

                                                                                                                                                                          Père Romain Drouaud, vicaire à l’église Saint-Eustache.