Évangile du lundi 11 octobre 2021

Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre par vocation, mis à part pour annoncer l’Évangile de Dieu,

que d’avance il avait promis par ses prophètes dans les saintes Écritures,

concernant son Fils, issu de la lignée de David selon la chair,

établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts,

Jésus Christ notre Seigneur,

par qui nous avons reçu grâce et apostolat

pour prêcher, à l’honneur de son nom, l’obéissance de la foi

parmi tous les païens,

dont vous faites partie, vous aussi, appelés de Jésus Christ,

à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome,

aux saints par vocation,

à vous grâce et paix

de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ.

Romains 1, 1-7

 

Méditation

Dans la présentation actuelle de nos Bibles, l’épître aux Romains est mise en tête des lettres de saint Paul. Elle s’ouvre par un porche d’entrée de quelques versets au ton très solennel, en nous introduisant ainsi dans le document le moins facile de tout le corpus paulinien. La lecture de ce texte va nous accompagner jusqu’au 6 novembre prochain, en nous présentant des extraits de lettre de Paul selon un découpage qui fait souvent frémir les spécialistes des textes bibliques.

Aujourd’hui, ces premiers versets présentent une vraie cohérence littéraire en indiquant en particulier les destinataires du document de Paul – les chrétiens de Rome. Mais pourquoi lire une lettre qui ne nous est pas destinée au départ ? Afin d’éviter tout mouvement de recul pudique – quand passe sous nos yeux un message qui nous a été envoyé par erreur – plusieurs réponses se présentent à nous.

Un premier élément nous est fourni par la liturgie – nous célébrons aujourd’hui la fête liturgique de saint Jean XXIII – qui fut évêque de Rome, la lettre est donc pour lui ! Mais une autre question apparaît immédiatement : pourquoi avoir fixé la date de la fête liturgique de saint Jean XXIII le 11 octobre, alors qu’il est mort le 3 juin 1963 ? On le sait, le 11 octobre 1962 s’ouvrait le concile Vatican II, réuni à la seule initiative de Jean XXIII, et ouvrant une période nouvelle pour toute l’Église jusqu’à aujourd’hui, avec l’insistance sur l’appel universel à la sainteté. Nous voilà donc rassurés, la lettre de saint Paul est pour nous – au moins sur le plan liturgique.

Mais un deuxième élément apparaît – intérieur au corpus biblique lui-même – les lettres de Paul ont en effet rapidement circulé dans les premières communautés chrétiennes. Un texte très tardif du Nouveau Testament, la deuxième lettre de saint Pierre, atteste de cette circulation : « Et dites-vous bien que la longue patience de notre Seigneur, c’est votre salut, comme vous l’a écrit également Paul, notre frère bien-aimé, avec la sagesse qui lui a été donnée. C’est ce qu’il dit encore dans toutes les lettres où il traite de ces sujets ; on y trouve des textes difficiles à comprendre, que torturent des gens sans instruction et sans solidité, comme ils le font pour le reste des Écritures : cela les mène à leur propre perdition. » (2P 3, 15-16) Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que datent nos difficultés à lire certains textes de saint Paul – en particulier les premières lectures que nous aurons pendant un bon mois. Les premières Églises ont jugé nécessaire, pour la transmission de l’Évangile de Jésus-Christ, de lire et de relire ces textes circonstanciés que Paul a envoyés à des communautés précises. Mais, à côté des textes pauliniens, beaucoup d’autres documents bibliques ont été rassemblés dans ce que nous appelons aujourd’hui le Nouveau Testament, ce qui les corrige et en relativise l’autorité. Lire aujourd’hui l’épître aux Romains, et la transmettre, nous inscrit donc dans un geste inauguré au deuxième siècle après Jésus-Christ.

Il y a enfin un troisième élément qui nous pousse à lire et à nous laisser inspirer par l’épître aux Romains, c’est le contenu même de ce porche d’entrée : nous faisons partie, nous aussi, des païens de naissance, chrétiens par le baptême, appelés à vivre de la foi en la résurrection. Cette lettre de saint Paul est pour chacune et chacun d’entre nous – en commençant cette semaine, nous la lisons ensemble et nous nous mettons à l’écoute de l’apôtre pour recevoir et transmettre grâce et paix dans notre monde.

Luc Forestier, prêtre de l’Oratoire à Paris