L’artiste peintre et sculptrice Lydie Arickx, née en 1954 qui vit et travaille dans les Landes, s’exprime avant tout dans le registre du monumental.
Le grand corail suspendu pour l’été dans la nef en témoigne : découpée au laser dans l’aluminium avec la finesse d’une dentelle, cette forme arborescente rouge évoque tout à la fois le corail des profondeurs, l’Arbre de Vie, la feuille et le cœur. Symbole de la richesse, mais aussi de la vulnérabilité des écosystèmes marins, le corail devient ici l’image d’une nature menacée, tout autant que celle d’une vie résistante et féconde. Visuellement si léger, en dépit de ses 7 m de haut, de ses 6 m de large et de ses 450 kg, Le Souffle a l’aspect d’un vitrail travaillé autrement par la lumière, léché par les couleurs changeantes des vitraux latéraux.
Si les musées ou les institutions artistiques recherchent souvent l’effet « Waouw », ce n’était pas l’objectif initial de Saint-Eustache, mais l’œuvre s’est glissée dans un environnement qui, lui, l’est ! La scénographie de l’église est exceptionnelle, car, par tradition, le grand axe de la nef demeure ouvert, matériellement et symboliquement. On pourrait parler d’axe théologal, car il se réfère directement aux trois autels successifs, supports artistiques du même mystère de la célébration.
Le Souffle, avec sa forme immédiatement reconnaissable, attire le regard par sa couleur, par sa dentelle. Cette transparence subtile — ce n’est pas une masse opaque — devient une halte entre ciel et terre et donne l’échelle du reste. Le monumental diffuse sa légèreté. Le corail est à la fois un objet et une couleur. Ici cette couleur intense est libérée, comme dans le credo moderne ; elle est dissociée de la matière. L’effet « Waouw » est donc ici une « immatérialisation ».
Le livre de Job (28-18) dénonce la vanité des bijoux faits de corail de Méditerranée, « Corail et cristal, n’en parlons pas ! Mieux vaut recueillir la Sagesse que les perles ! ». Le mot « Ra’mah », qui se traduit par « corail », signifie « objet de grande valeur ».
À Saint-Eustache, on a les deux !
Michel Micheau, membre du Collège des arts visuels.
