« Je vais avoir 33 ans, l’âge du Christ » est l’une des premières confidences de Lucas. Un sacré programme pour ce tout jeune néophyte. Baptisé la nuit de Pâques, il a gardé le vêtement blanc pour rentrer chez lui, renouant ainsi sans le savoir avec une tradition du Moyen Âge. Cette tenue accompagnée du cierge reçu au moment du rite de la lumière n’ont pas manqué d’étonner quelques passants dans la rue. Mais Lucas assume ce nouvel état de baptisé, comme en témoigne la grosse croix pectorale en bois qu’il a fabriquée lui-même, et qu’il porte au moment de l’interview.

Avec des parents athées, rien ne semblait prédisposer Lucas dans son enfance à devenir disciple du Christ ; c’est pourtant sa mère, enseignante de l’Éducation nationale (réputée pour son anticléricalisme !), qui fait figure de premier témoin sur son chemin. Son sens du sacrifice, sa douceur, sa générosité, sa capacité de pardonner marquent Lucas. Elle est aussi la première personne que Lucas va porter : victime d’abus sexuels dans son jeune âge, elle sombre adulte dans l’alcool et dans la dépression. Lucas lui viendra en aide à plusieurs reprises après la séparation de ses parents.

Des modèles viennent ensuite nourrir son imaginaire : Saint Martin d’abord. Que ce chevalier généreux partage son manteau avec un pauvre a rapidement suscité son admiration, alors que Lucas n’aurait jamais envisagé de couper en deux sa cape de déguisement en polyester !

Jeanne d’Arc ensuite, qui reste sa sainte de cœur encore aujourd’hui. Lucas a même fait un pèlerinage vers sa maison natale et son église de baptême.

Au-delà de ces figures, à plusieurs reprises, Lucas sent une force qui le dépasse et le pousse à prendre des risques pour sauver des vies : descendre sur les rails du métro remonter un malheureux qui s’y était jeté, ou sur un toit rattraper un copain qui commençait à glisser.

Au lycée, il fréquente des musulmans. En recherche, il commence à lire le Coran. Les obsèques du grand-père d’un ami lui donnent l’occasion d’entrer dans une église. À la même époque, son amitié avec le seul chrétien du lycée lui permet de dépasser les clichés sur les cathos : non, ils ne sont pas tous riches, intolérants ou pédophiles. Et ils peuvent même faire preuve d’ouverture d’esprit.

Lucas se met à lire les évangiles, à s’intéresser aux saints du calendrier, à aller à la messe, bien qu’il n’ait pas les codes. En regardant des films, son attention est attirée par les invocations du nom de Dieu («  De mes doigts, Seigneur, ne sois pas loin » du sniper d’Il faut sauver le soldat Ryan), ou par des citations bibliques (le personnage de Fury qui cite le chapitre 6 d’Isaïe).

À 20 ans, Lucas se demande comment devenir chrétien. Il est au départ persuadé que si l’on n’a pas été baptisé bébé, c’est trop tard. À la faveur d’un déménagement dans le Vaucluse, il commence un parcours de catéchuménat. Un patron qui ne tient pas parole l’incite cependant à démissionner de son travail et à quitter la région. Il rencontre quelques doutes, tout en se sentant paradoxalement également accompagné par une présence supérieure. La pratique intensive du sport (musculation, tir) l’aide à surmonter les épreuves de la vie, à garder un « mens sana in corpore sano ». Et surtout, en 2021, il promet à son frère d’être bientôt parrain de son neveu. De retour à Paris, Lucas reprend son parcours de catéchuménat à Sainte-Marie des Batignolles. Puis Maxime, un ami policier, l’amène à Saint-Eustache : Lucas est d’emblée séduit par les chants latins, et les homélies « viriles et douces ». Et c’est enfin le baptême, le 4 avril 2025. Pour Lucas, cela reste une étape, et non un aboutissement. Il mesure aujourd’hui les grâces reçues lors de son cheminement vers le baptême : les nouvelles amitiés (Jimmy, Maxime, Aurélien), les parrainages par anticipation (après son neveu, il est également devenu le parrain du fils d’un ami), le fait de se sentir heureux et protégé.

Il est désormais prêt à partager ce qu’il a reçu, pourquoi pas en accompagnant à son tour des catéchumènes ?

À suivre…

Odile Guégano, d’après une interview de Lucas