Mesdames, Messieurs,

Vous me pardonnerez cette adresse un peu impersonnelle, mais votre lettre ouverte est anonyme. Mes parents m’ont appris à jeter les lettres anonymes sans les lire et sans en tenir compte ; mais comme votre lettre est publique et que les nombreux mensonges qu’elle contient pourraient troubler certains, je me dois de rétablir la vérité, ligne par ligne.

« Un mois après la veillée interreligieuse organisée dans l’église Saint-Eustache en soutien à la Marche des Fiertés. »

Cette veillée interreligieuse n’a pas eu lieu dans l’église Saint-Eustache. Je ne l’avais pas permis. Dans une église catholique, c’est le Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui est prié et célébré et nulle autre prière d’une autre tradition religieuse n’y est autorisée. Cette veillée avait lieu dans une salle de réunion, non affectée au culte, et qui sert à toutes sortes d’activités profanes. Ce premier mensonge, alors que des membres de votre collectif étaient entrés dans la salle et avaient pu constater que ce n’était ni l’église Saint-Eustache ni une chapelle attenante, suffirait à disqualifier toute votre lettre. Mais continuons.

« En soutien à la Marche des Fiertés »

Cette veillée n’était pas en soutien à la Marche des Fiertés, laquelle, d’ailleurs, avait été annulée en raison de la canicule, mais un temps de prière en suivant la forme de différentes traditions religieuses, les unes après les autres, pour informer sur les persécutions vécues, jusqu’à la mort parfois, à l’encontre des personnes homosexuelles dans de nombreux pays, et afin de prier Dieu que la dignité de chaque personne humaine soit respectée, tout le temps et partout.

Votre rappel, page trois, de l’Écriture et du catéchisme ne m’apprend rien. Il ne s’agit ni de cautionner, ni de justifier, ni d’encourager, ni de militer. Il s’agit, comme vous l’écrivez, de les accueillir avec respect et charité. À moins que l’acception du mot « accueillir » ne m’échappe, comment faites-vous pour accueillir sans ouvrir votre porte ? Quel respect pour quelqu’un qui n’est pas reconnu ? Quelle charité pour quelqu’un à qui l’on ne permet pas de s’exprimer ? Et, une fois de plus, je le rappelle, contrairement à ce que vous écrivez à longueur de lignes, ce n’était pas dans l’église, mais dans une salle de réunion. Il n’y a donc pas de « confusion parmi les fidèles », alors que celle que vous instillez par les mensonges de votre lettre pourrait, à juste titre, en scandaliser plus d’un.

« Tandis que des participants arborant des drapeaux LGBT entraient librement dans l’église »

Encore des mensonges : ils n’entraient pas dans l’église (une fois de plus) et j’avais interdit les drapeaux, car il ne s’agissait pas d’une manifestation. Aucun drapeau, de quelque nature que ce soit, n’a été porté, déployé, brandi ou installé. Vos mensonges vous accablent alors que vous étiez présents et savez très bien que c’est faux. Mais il faut choquer avec des images fortes pour que l’émotion l’emporte. Vous manipulez vos lecteurs pour vous draper dans une pureté religieuse dont vous êtes manifestement bien loin, bien plus loin que certaines personnes homosexuelles accueillies ce soir-là.

Votre passage sur les policiers m’agace particulièrement. Il se trouve que je suis aussi aumônier catholique de la police nationale et, lorsque vous les traitez de « bras servile de la Gueuse République », vous insultez toute une profession auprès de laquelle vous êtes les premiers à aller pleurer quand vos droits ne sont pas respectés. Contrairement à vous, ils ne sont pas serviles, mais au service. J’avais demandé la présence de cette compagnie d’intervention qui a été détachée à cette occasion. Je me doutais bien que des petits trouble-fêtes excités allaient organiser une prière de rue (alors qu’ils sont les premiers à dénoncer celles des autres) et voudraient nous empêcher d’exercer librement un droit de réunion dans un lieu privé. Vous n’étiez pas une quarantaine, ne vous vantez pas, une vingtaine tout au plus, et aucun policier ne vous soutenait car, contrairement à vous qui n’avez dû que présenter vos papiers d’identité alignés le long de l’église, j’ai échangé avec chacun pour les remercier de leur présence et exercer ma mission d’aumônier.

« Nous croyons que la vérité est une œuvre de charité. »

Vivez donc cette charité en exposant la vérité. Je vous invite à aller vous confesser – auprès d’un prêtre avec lequel ce sacrement est valide – de tous les mensonges que vous avez répandus.

Puisse cette lettre rétablir la vérité auprès de personnes qui auraient été choquées par ce que vous avez décrit et qui est faux, du début à la fin.

 

Père Pierre Vivarès, curé de Saint-Eustache – Paris 1er