Cette dernière décennie, de multiples initiatives ont fleuri, axées sur la vie partagée. Parmi celles-ci figure l’Association pour l’Amitié : ce sont des appartements partagés où habitent ensemble à Paris des personnes qui étaient sans domicile fixe, et des personnes qui ne l’étaient pas. Il s’agit d’une forme de « colocation solidaire » où vivent ensemble des personnes d’âges, d’origines, de cultures et de parcours et aussi aux caractères bien différents. Colocation ouverte à tous, on y prie, aussi, avec ceux qui veulent.

 

Il ne s’agit pas de faire de l’évangélisation explicite pas plus que de rendre service en faisant une « bonne action ». C’est bien plus simple : il s’agit de se rendre disponible à la rencontre, d’accueillir la grâce de la présence à l’autre, vivre quelque chose de la gratuité évangélique, donner chair à cette parole de Jésus : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis » (Jn 15, 15).

 

Certainement, ces colocations solidaires répondent à une mutation profonde de la société, une nécessité de combattre l’isolement en découvrant de nouveaux modes de vie. Mais elles font partie aussi de la vie de l’Église. Ce ne sont ni des paroisses, ni des communautés religieuses, mais plutôt ce que d’aucuns appellent des « tiers-lieux d’Église », terme emprunté à la sociologie anglo-saxonne et désignant cet « espace autre » entre la maison et le travail. Pourtant, il me semble que ce type d’initiatives comme l’APA signifie, de manière prophétique, que c’est l’Église tout entière qui est un tiers-lieu en soi. Ces lieux solidaires font juste exister l’Église comme elle est toujours appelée à l’être, une communauté vivante organisée autour de l’Évangile.

 

 

Romain Drouaud, prêtre eudiste, vicaire à Saint-Eustache

en mission à l’APA (Association pour l’amitié) depuis 5 ans