Cette salutation liturgique est l’une des plus anciennes du christianisme. Traduite du latin Dominus vobiscum, elle exprime à la fois une bénédiction, une présence et une communion spirituelle.
Ce n’est pas une façon de dire bonjour, ce n’est pas une formule de politesse religieuse. Celui qui la prononce ne veut pas dire « Dieu vous regarde » ou « Pensez à Dieu ». Il faut d’ailleurs noter qu’il n’est pas dit « le Seigneur est avec vous ». C’est le mode subjonctif au présent qui est utilisé. Il veut exprimer un souhait, une prière, une volonté. Jamais le Seigneur ne s’impose à nous. Il est par ailleurs plus juste de dire « Que Dieu te bénisse » plutôt que « Dieu te bénit ».
Pour en revenir à la locution qui nous intéresse, il convient de noter qu’elle comporte plusieurs dimensions. La proximité de Dieu avec toute vie humaine, son accompagnement dans nos épreuves, nos joies, notre prière, l’unité entre l’assemblée et le Christ – lors de la salutation liturgique -, la conviction que la liturgie n’est pas foncièrement humaine, mais bien plutôt l’œuvre de Dieu lui-même.
Lorsqu’il s’agit d’une salutation liturgique, celles et ceux à qui la reçoivent répondent « Et avec votre esprit ». Dans la tradition chrétienne, cela signifie que l’on reconnaît le « ministère spirituel » reçu par le prêtre, pour faire simple, qui préside la liturgie. C’est une manière de dire « Que l’Esprit du Seigneur agisse aussi à travers vous ».
La liturgie catholique (des variantes existent dans les liturgies orthodoxe et protestante), fait apparaître cette phrase notamment à plusieurs moments clés de la messe. Au début de la célébration, le célébrant salue ainsi l’assemblée, après le signe de croix ; cela ouvre un temps spirituel particulier. Avant la proclamation de l’Évangile, pour préparer l’assemblée à l’accueil de la Parole du Seigneur. Avant la préface eucharistique, avant le cœur de la messe, pour appeler l’attention particulière nécessaire. Enfin avant la bénédiction finale, comme prémices à l’envoi des fidèles dans le monde.
On trouve des traces de cette salutation, de cette prière, dans bon nombre de textes bibliques. On peut citer le livre de Ruth, « Le Seigneur soit avec vous » (Rt 2,4) et bien évidemment la salutation de l’ange Gabriel à Marie lors de l’Annonciation. Toutefois, dans sa salutation à la Vierge Marie, il convient de noter que l’ange ne dit pas « Le Seigneur soit avec toi », mais « le Seigneur est avec toi ». L’ange Gabriel ne formule pas un souhait, ni une bénédiction. Il annonce une réalité déjà présente. Marie est déjà dans la grâce divine, sa mission commence avant même sa réponse explicite. Dieu habite déjà cette rencontre. Marie est présentée comme déjà préparée depuis toute éternité par la grâce pour accueillir dans son sein le Fils de Dieu. On peut dire que sa vocation précède son consentement conscient.
« Le Seigneur soit avec vous », salutation-prière demandant la présence de Dieu, manifeste la confiance et la foi en l’alliance de Dieu avec l’homme.
Ces quelques mots peuvent devenir une vraie prière que l’on adresse à Dieu pour un proche qui fait face à des difficultés, qui a besoin d’attention, de soin et d’espérance.
Elle nous rappelle avec force que croire en Dieu, c’est vivre avec Dieu.
Patrice Cavelier, diacre à Saint-Eustache
