À Harare, capitale du Zimbabwe, des décharges à ciel ouvert envahissent le paysage. La collecte des déchets, la ferraille en particulier, est un moyen pour les habitants les plus pauvres de gagner leur vie. Des initiatives concrètes commencent à être mises en place pour remédier à cet état de fait, mais ces actions exigent tout d’abord de repenser un rapport aux déchets qui ne concerne pas uniquement ce pays d’Afrique mais aussi nos propres modes de consommation.
Moffat Takadiwa est un artiste qui vit et travaille à Hahare et qui crée des sculptures de grande envergure à partir de matériaux trouvés dans les décharges : des déchets informatiques, des bouchons en plastique, des brosses à dents usagées, des tubes de rouge à lèvres… Il s’entoure pour la collecte et le tri de ces objets d’équipes de jeunes qu’il aide ainsi à travailler. Réunis par formes et couleurs, toujours en très grande quantité, ces rebuts sont tissés ensemble et deviennent de précieuses tapisseries. Je donne une seconde vie à des objets laissés pour mourir, oubliés dans les flux de déchets, explique-t-il. Les objets jetés du quotidien, ainsi transformés, retrouvent une seconde vie au-delà de leur fonction initiale. Pour Moffat, il s’agit aussi d’interroger notre capacité à réinventer la valeur, tant pour les choses que pour les êtres humains, car si nous pouvons restaurer la dignité d’un objet jeté, pourquoi ne pourrions-nous pas faire de même pour les personnes et les communautés traitées comme des déchets par le système mondial ? Avec cette réparation symbolique, son œuvre veut transformer la honte de ceux qui sont souvent traités comme les jetables de la société car, sans la croyance en la possibilité du changement, il n’y a aucune raison de créer.
C’est à l’initiative de l’Ista, Institut supérieur de théologie des arts et avec la collaboration de la galerie Semiose, qu’une œuvre de Moffat Takadiwa sera présentée dans l’église dans le cadre du colloque Art, Foi et Politique que l’Ista organise du 26 au 28 mai à l’Institut catholique de Paris. Les dernières interventions de la journée du 27 mai auront lieu à Saint-Eustache de 20 heures à 21h30, devant l’œuvre de Moffat. En raison de l’intérêt et de la notoriété de ce travail, exposé à la dernière Biennale de Venise et pour permettre à un public plus large d’avoir le temps d’en prendre connaissance, la présentation de cette œuvre se prolongera pour la Nuit Blanche le 6 juin prochain.
Françoise Paviot, animatrice du Collège des arts visuels
