Nihil enim nobis nasci prófuit, nisi rédimi profuísset. À quoi nous servirait-il de naître sans le bonheur d’être sauvés ? Préface de l’Exultet, Vigile pascale. Ve siècle.

Nous cherchons tous le salut, pour nous ou ceux que nous aimons, si l’on considère le salut comme une délivrance de la souffrance, de la mort et du mal. Le jouisseur se contentera des différents biens de la terre, n’espérant rien de durable, l’athée soucieux des autres et de lui-même le cherchera dans une pensée philosophique ou sociale, pour limiter les dégâts d’une humanité bien agitée, nos frères d’autres religions le définiront chacun d’une façon particulière, propre à leur regard sur Dieu et sur le monde.

Cette nuit de Pâques nous propose le salut par le Christ. Salut de la souffrance ? Le Christ est passé par la souffrance. Salut de la mort ? Le Christ est passé par la mort. Salut du mal ? Ce mal, qui a crucifié Jésus, demeure et continue de faire des ravages, ici et là-bas, depuis la nuit de la Résurrection. Quel est donc ce salut chrétien si inefficace ? Il est autre, il est à côté, il est décalé. C’est de connaître Dieu et de vivre de Lui et en Lui, ici, maintenant et pour toujours, comme un disciple aimé et aimant. C’est une expérience, pas un discours. C’est un chemin de vie, pas un acquis perpétuel. C’est une rencontre, pas une possession. C’est une joie intérieure, pas un plaisir fugace. C’est une question quotidienne à notre liberté, pas un reproche perpétuel de nos inaptitudes. La mort n’est plus devant nous : pour le baptisé, la mort est derrière lui, elle est engloutie le jour de notre baptême et nous ressuscitons avec le Christ : nous marchons vers la Vie. Être sauvés, pour nous, c’est être sauvés de ces pauvres petits saluts fragiles, incertains et inquiétants, car nous recevons celui du Christ, qui est total.

Sainte fête de Pâque !

Père Pierre Vivarès, curé de Saint-Eustache