3ème Semaine de Carême

2 R 5, 1-15a  / Ps 41 (42) /  Lc 4, 24-30

Frères et sœurs, nous poursuivons notre chemin de Carême dans les circonstances qui sont les nôtres, et ce soir encore, le président de la République prendra la parole, et déjà nous savons bien que les mesures qui seront annoncées ne seront pas de nature à nous rassurer, quant à la simple possibilité de célébrer, comme nous aimerions le célébrer, le Carême, et même de célébrer comme nous aimerions la célébrer la Semaine sainte. Il est vraiment important pour nous que nous gardions à cœur de nous tenir près de l’essentiel, de nous tenir au plus près de l’Évangile, d’honorer ces rendez-vous quotidiens avec la Parole de Dieu, avec les lectures qui sont proposées pour la messe, avec les psaumes – que l’on peut toujours prier! – et aussi, évidemment, avec la page d’Évangile de chaque jour. 

Aujourd’hui, vous l’aurez remarqué nous sommes dans l’Évangile selon saint Luc, et nous sommes au début de l’Évangile selon saint Luc. C’est le moment que Jésus passe à la synagogue de Nazareth. Ce que je veux simplement souligner ici, c’est que cet épisode si bref, c’est en quelque sorte un condensé de tout ce que va être ensuite, la vie, la prédication, le chemin de Jésus. 

Vous vous souvenez peut-être un peu du détail de cet épisode. Cela commence finalement pas si mal lorsque, entrant à la synagogue, Jésus prend le livre, lit le prophète, et finalement rend le livre au lecteur en disant aux auditeurs qui peuvent l’entendre  : « Aujourd’hui, s’accomplit cette prophétie que vous venez d’entendre. » D’emblée, d’entrée de jeu, le Seigneur se présente comme celui qui porte à leur accomplissement les annonces des prophètes. Le Seigneur se donne comme celui qui va honorer dans sa personne l’enseignement des prophètes. Mais assez vite le ton change. Tout d’abord les gens sont heureux de ce que dit le Seigneur, ils accueillent sa Parole, ils s’étonnent même de la grâce qu’il y a sur ses lèvres, et puis un peu plus tard, on voit que le ton change, l’ambiance change, et à la reconnaissance, à l’étonnement, peut-être à l’admiration, se substitue un mouvement de rejet, un mouvement de refus, et finalement, on le voit aussi, un désir de meurtre sur la personne du Seigneur Jésus 

Ce petit épisode, qui voit les gens tellement changeants, il est tout à fait évocateur de ce que sera toute la vie de Jésus, tout son chemin de prédication et de rencontres. Il y aura des moments d‘enthousiasme, il y aura des moments d’écoute de sa Parole, et peut-être même d’accueil de sa Parole, mais cette écoute et cet accueil, il faudra toujours les vérifier. Il faudra toujours vérifier que les auditeurs et les auditrices de Jésus entendent vraiment ce que, Lui, veut leur dire, sans projeter leurs propres attentes, leurs propres désirs, leurs propres représentations. Et là, très souvent, le bât va blesser. On entendra, certes, la Parole de Jésus, mais peut-être pas tout à fait jusqu’au bout. 

Or ce que Jésus constamment annonce, ce n’est jamais autre chose que Lui-même et son Mystère. Et ce Mystère, c’est celui d’un Jésus de Nazareth qui est effectivement « le Christ », mais non pas un Christ qui viendrait à main puissante et à bras étendus, remettre de l’ordre dans le monde avec force et violence, non au contraire, il va se révéler comme un Christ doux et humble de cœur, il va se révéler comme un Christ qui choisit le chemin de la force de la douceur. Et dès lors que cette vérité-là va s’imposer, dès lors qu’il ne va pas correspondre exactement aux attentes de ses auditeurs, alors, ceux-là, et les auditrices aussi, vont se retourner contre lui. 

Et la fin du passage n’est pas inintéressante : on prend Jésus, on le conduit, vous l’avez entendu « hors de la ville », « hors de la ville » (comme il sera crucifié « hors de la ville »), et puis jusqu’à un escarpement, pour le précipiter en bas. Mais la conclusion c’est : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » 

C’est vrai que « son Heure » n’est pas encore venue. Lorsque sera venue « l’Heure de Jérusalem », alors là oui, on emmènera Jésus pour qu’il soit crucifié, et il sera crucifié effectivement. Il connaîtra la mort, il connaîtra la souffrance sur la croix, la mort sur la croix, il connaîtra la froideur du tombeau, mais ce ne sera pas non plus, le dernier mot de tout. Il faudra s’en souvenir à ce moment-là ! Il faudra se souvenir de ce que nous dit Luc aujourd’hui : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » Et même à Jérusalem, la mort n’arrêtera pas le Seigneur : passant son chemin, traversant la mort, il ira vers l’au-delà de la mort, vers ce que nous appelons : « la résurrection », un terme qui à la fois focalise toute notre espérance, et qui pour autant nous demeure mystérieux, tant sa signification est riche. Car il ne s’agit pas simplement d’un relèvement de la chair pour la reconduire à un état antécédent, il s’agit vraiment de la revivifier, de la livrer enfin complètement à l’Esprit, l’Esprit « qui est Seigneur et qui donne la Vie », l’Esprit qui est de Dieu, l’Esprit qui est Dieu. 

Alors aujourd’hui, en lisant ce court passage, de l’Évangile selon saint Luc, au 3ème lundi de Carême, continuons avec le seigneur, notre chemin. Suivons-le au pas à pas. Si nous y prêtons attention, nous comprendrons que pratiquement à chaque épisode vécu par le Seigneur, c’est tout le grand drame de sa vie qui se rejoue: une Parole qui se donne à entendre, une Parole qui peut être reçue, mais en même temps, une Parole qui doit être accueillie pour ce qu’elle est, et non pas mesurée à l’aune des attentes, des projets, des projections, des représentations des auditeurs ou des auditrices, parce que cette Parole qui se donne elle a vocation à nous attirer au plus près du Mystère du Seigneur Jésus. Elle a vocation à nous dire le chemin qu’il veut prendre pour nous rejoindre : chemin d’humilité, de force et de douceur, chemin qui va jusqu’au bout de l’amour donné, sans réserve et sans retour, pour que, in fine, par-delà la mort, le Seigneur nous entraîne avec lui sur les chemins de la Vie, et même nous pourrions dire, les chemin de la Vie éternelle, c’est à dire, les chemins de la plénitude.

AMEN