Dix jours séparent l’Ascension de la Pentecôte. Les dates et les délais sont précis, ce qui est plutôt rare dans le Nouveau Testament. La Pentecôte juive, la fête de Shavouot, au temps de Jésus, était principalement une fête de moisson et de pèlerinage au Temple. On y célébrait les prémices, offrandes des premiers fruits de la terre, surtout celles du blé par l’offrande de deux pains, par des sacrifices dans le Temple et l’apport des premiers fruits. Elle était chargée d’une forte mémoire biblique de l’œuvre de Dieu pour le peuple d’Israël. La mémoire du don de la loi fera plutôt l’objet d’insistance dans le judaïsme rabbinique postérieur à la destruction du temple. C’était une des trois grandes fêtes annuelles de pèlerinage à Jérusalem, ce qui explique la présence d’une foule nombreuse de juifs, issus de toute la diaspora et parlant de nombreuses langues différentes.

Les apôtres sont réunis ce jour de la Pentecôte avec Marie, la mère de Jésus, en prière. Ce n’est pas eux qui viennent apporter les prémices de leur travail au Temple et faire mémoire de l’œuvre de Dieu pour le peuple : c’est le Père lui-même qui leur fait le don de l’Esprit-Saint. Le discours de Pierre qui suit fait mémoire de l’œuvre du Père pour le Christ. Le Christ devient la figure du peuple élu auquel le Père redonne la vie et le libère des liens de la mort après que le Christ a fait l’offrande de sa vie. Il n’est plus temps d’offrir des sacrifices, le Christ l’a fait une fois pour toutes. Il n’est plus temps de faire seulement mémoire : il est temps d’annoncer que le Christ est vivant et il l’est pour toujours au milieu de son peuple. À l’Ascension, le Christ ne part pas ailleurs : il reste présent autrement.

Nous pouvons vivre les deux dimensions, juive et chrétienne, de cette fête : faire mémoire de ce que Dieu a fait pour nous, dans chacune de nos vies jusqu’à ce jour, lui offrir les prémices de notre travail et vivre un décennaire de prière : demander chaque jour un des dons de l’Esprit (sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte de Dieu) ainsi que la Foi, l’Espérance et la Charité, les trois derniers jours. Dieu ne donne pas quelque chose pour vivre notre foi : il se donne lui-même, par son Esprit Saint répandu dans nos cœurs.

 

Père Pierre Vivarès, curé de Saint-Eustache