La pudeur est une vertu, souvent innée, parfois acquise : pudeur physique heureusement apprise de nos parents, mais aussi pudeur des sentiments que l’adolescence essaie de construire péniblement pour le rapport à nos semblables au milieu de conventions sociales reçues ou rejetées. Que dire ou ne pas dire, que révéler ou ne pas révéler de nos sentiments et comment manifester nos attachements, nos amours et affections est une question qui traverse notre existence car elle touche à l’intime, à la peur, à l’espoir, à la convoitise, au respect, à la crainte révérencielle. Elle traverse les littératures, par exemple avec l’amour courtois que l’on retrouve dans la Grèce antique, à Rome avec Ovide, dans les sociétés arabes avec Ibn Dawoud ou en occident avec Chrétien de Troyes. Les usages sociaux et leurs rites, qui évoluent, changent, se créent ou disparaissent, autorisent et abrogent à la fois cette pudeur car il est complexe de dire aux gens qu’on les aime : entre une révélation subite qui tomberait comme un cheveu sur la soupe ou une retenue qui pourrait sembler glaciale, l’échelle de la communication est immense et les usages sociaux l’encadrent. Ainsi la société nous permet de révéler, guidées, nos affections : anniversaire, nouvel an, naissance, mariage, décès, maladie, réussite professionnelle ou scolaire. Les événements, calendaires ou existentiels, donnent un cadre pour dire aux gens qu’on les aime, qu’on pense à eux, qu’on tient à eux, que leur vie à du prix pour nous. Certains réfuteront ce formalisme, d’autres seront libérés grâce à lui… dans l’armée, on marche toujours au pas du plus lent pour ne perdre personne.

Le nouvel an, convention culturelle calendaire, permet ainsi d’exprimer nos affections. Les vœux de bonne année que nous échangeons, pour formels qu’ils soient, sont importants. Par WhatsApp ou sms, carte de vœux ou coups de fil, échanges verbaux ou feuille d’information paroissiale, nous nous disons mutuellement que nos existences comptent, que nous ne sommes pas seuls, que nous sommes attentifs à nos vies, santé, bonheurs, deuils, échecs et réussites. Et finalement avec la liturgie, rites quotidiens et annuels, Dieu, avec pudeur, ne cesse de nous rappeler qu’il nous aime.

Alors ne boudons pas un des vecteurs de l’amour ! Je vous prie de recevoir les bons vœux de tous les acteurs de la vie paroissiale, bénévoles et salariés, prêtres et diacre : votre vie à du prix à nos yeux et nous vous aimons. Belle et sainte année 2026 !

Père Pierre Vivarès, curé de Saint-Eustache