Bientôt, de nouveau, le temps du carême. De tous les temps liturgiques, peut-être le plus fort, le plus marqué, le plus mobilisateur. Tant et si bien que le risque est grand qu’il prenne le pas même sur le temps pascal qu’il est censé préparer… Voilà qui mérite qu’on s’y arrête pour se mettre sur la bonne longueur d’ondes !
D’abord il ne faut pas prendre les moyens pour la fin ! Si dense qu’il soit, il ne faut pas oublier que le temps du carême n’est pas une fin en soi. C’est un temps de préparation et, principalement, un appel à revenir à l’essentiel alors qu’en général, on se laisse encombrer par beaucoup de choses inutiles, on se laisse manger par toutes sortes de fausses urgences, de faux impératifs… D’où l’heureuse opportunité qu’est le carême de remettre l’évangile au cœur de nos existences, de remettre le Seigneur au premier plan de nos préoccupations. On y reviendra à l’instant.
En revanche il faut mettre la fin dans les moyens. En d’autres termes, dans le temps de carême, c’est déjà la grâce pascale qui est à l’œuvre. C’est pour cela qu’on consacre plus de temps à contempler la Croix du Seigneur. Non pas de manière morbide mais pour ouvrir les yeux tant sur les multiples pauvretés et fragilités du monde que sur le don du Seigneur Jésus qui transforme la croix, instrument de mort, en arbre de vie.
Qui dit carême dit donc appel à la profondeur. Non pas d’abord appel à entrer dans un concours d’ascèse – si bénéfique qu’elle puisse être – mais encouragement adressé à chacun pour lui-même et à tous, ensemble, à faire le pèlerinage du cœur, à aller au-devant de ses fragilités, de ses faiblesses dans une conscience renouvelée que « Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive ». Ainsi, le carême, c’est redonner plus de droit à des forces de vies que nous négligeons toujours trop ! A chacun donc de prendre ses responsabilités pour faire de ce temps liturgique un temps de discernement, de vérité. Sans nullement « moraliser » mais, au contraire, en prenant le risque de l’aventure spirituelle en se mettant à la suite du Christ qui marche vers Jérusalem.
Au bout de ce chemin, il y aura le grand rendez-vous de la Pâque. Alors chacun pourra recevoir la parole du Ressuscité: « Shalom ! », « la Paix soit avec vous ». C’est que le grand combat de la passion du Christ n’est pas théorique. Il est concret et tout entier contre la violence, contre la méchanceté, le manque de générosité, l’injustice dont nous voyons tous les jours le visage en nous et au dehors de nous. Soyons bien conscients que le combat que le Christ a mené, aux jours de sa chair, dans sa Passion, il le poursuit dans son corps qui est l’Eglise (et dans tous les hommes de bonne volonté !). A nous, chacun pour sa part et tous ensemble de faire nôtre ce combat du Christ pour que Dieu soit glorifié dans un peuple de frères.
Père Gilles-Hervé Masson, prêtre dominicain, vicaire à Saint-Eustache
