Ces jours-ci, le pape Léon XIV a foulé le sol algérien, première étape de son périple africain. Fidèle aux premiers mots qu’il prononça depuis la loggia des bénédictions, fraîchement élu au Siège de Pierre, il ne laisse d’être le témoin du Ressuscité dont les premiers mots et la salutation récurrente étaient, sont et demeureront jusqu’à la fin des temps : « La paix soit avec vous ».
Les mots peuvent paraître ne pas peser bien lourd en regard du déluge de bombes et du tsunami de divisions et de zizanie auxquels est confronté notre monde, en bien des endroits et singulièrement en Terre Sainte… Mais ce sont les mots du Ressuscité qui nous donne sa paix et non pas la paix du monde ! Qui nous offre son salut et nous oblige à l’accueillir, Lui, tel qu’il est : non pas leader belliqueux régnant par la force, mais plutôt Messie pauvre, humble de cœur, offrant sa compassion et son amour. Il y faut toute la force de la douceur. Exact opposé de la force brute.
Un texte ancien portait cette formule : « Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens ont à l’être dans le monde ». L’« âme » réalité singulière : inaperçue et insaisissable mais qui anime et donne vie. Capacité d’accueillir la lumière, de s’émerveiller, de prendre ses responsabilités… On peut en parler comme on parle aussi du « cœur » biblique, lieu en chacun de nous de la rencontre avec Le Seigneur – dont nous nous recevons, lieu où nous nous rencontrons nous-mêmes et lieu où nous préservons notre mouvement vers les autres. Le Ressuscité nous invite à découvrir notre intériorité et l’hôte intérieur « plus intime à nous-mêmes que le plus intime de nous-mêmes » – pour paraphraser saint Augustin. Il nous envoie aussi vers nos frères en humanité, par-delà même tout ce qui peut nous séparer et tout ce qui nous sépare effectivement, voire âprement !
La fête de Pâques ouvre une brèche de lumière dans les obscurités de tous ordres que nous pouvons connaître ; une brèche d’amour et de paix dans un monde si vulnérable à toutes les divisions générées par la haine. Le temps de Pâques, comme celui du carême, est un chemin à faire, à l’instar du chemin parcouru par les disciples d’Emmaüs. Chemin pour apprivoiser la réalité de la Résurrection du Christ et ce qu’elle signifie pour chacun de nous et l’humanité entière.
Cinquante jours pour célébrer la joie de Pâques et interroger le mystère d’espérance dont elle est l’écrin. « Cinquante jours qui sont comme un seul jour », disait saint Augustin… Mettons à profit le temps pascal pour affronter le monde et ses orages dans la lumière de la promesse du matin de Pâques.
Père Gilles-Hervé Masson, vicaire à Saint-Eustache
