Téléchargez le numéro de Pâques 2020 du Journal Forum Saint-Eustache

Carême

1er Dimanche de Carême, 1er mars
Lectures du jour : www.aelf.org/2020-03-01/romain/messe

2ème Dimanche de Carême, 8 mars
Lectures du jour : www.aelf.org/2020-03-08/romain/messe

3ème Dimanche de Carême, 15 mars
Lectures du jour : www.aelf.org/2020-03-15/romain/messe
Homélie du frère Gilles-Hervé Masson : www.saint-eustache.org/homelie-du-frere-gilles-herve-masson-o-p

4ème Dimanche de Carême, de Lætare, 22 mars
Lectures du jour : www.aelf.org/2020-03-22/romain/messe
Homélie du père Jacques Mérienne : www.saint-eustache.org/homelie-du-22-mars-2020-4eme-dimanche-de-careme-de-laetare

5ème Dimanche de Carême, 29 mars
Lectures du jour : www.aelf.org/2020-03-29/romain/messe
Écoutez l’homélie du père Jacques Mérienne : www.saint-eustache.org/homelie-du-dimanche-29-mars-2020

En tant que curé, je suis si heureux que Saint-Eustache participe, en lien avec le Diocèse de Paris, la Ville de Paris et la Préfecture, en association également avec l’association Aurore, Aux Captifs la libération et La Soupe Saint-Eustache, à ce mouvement de solidarité auprès des plus démunis d’entre nous. Mener cette opération au cœur de Paris, était absolument nécessaire. Cette opération manifeste que même en venant d’horizons si différents, nous savons et pouvons nous mobiliser pour aider les plus pauvres. Merci à tous les bénévoles, merci à tous les services qui participent à ce si beau projet. Les prêtres et le diacre de Saint-Eustache participent chaque jour à la distribution alimentaire depuis le dimanche 29 mars.

Yves Trocheris, prêtre de l’Oratoire de France, curé.

Pâques

Message du P. Yves Trocheris
Prêtre de l’Oratoire de France, curé de l’église Saint-Eustache 

 

Envoyez-nous vos intentions de prière

« Seigneur, nous savons que tu aimes sans mesure, toi qui n’as pas refusé ton propre Fils mais qui l’as livré pour sauver tous les hommes » Nous prions avec cette certitude d’être aimés.
Sachons confier au Seigneur toutes nos intentions en cette semaine Sainte, elles nous paraissent grandes ou dérisoires, mais ce sont les nôtres et nous avons confiance.

Formulez et envoyez-nous vos intentions de prière pour cette Pâque 2020, nous les exprimerons le vendredi et le samedi dans l’église Saint-Eustache pour qu’elles y résonnent comme la prière de la communauté. Envoyez vos intentions de prière à : communication@saint-eustache.org

 

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, 5 avril

Lectures du jour en cliquant ici. : www.aelf.org/2020-04-05/romain/messe

Écoutez la Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu lue par Laurent Charpentier

Le dimanche qui précède la fête de Pâques marque l’entrée dans la Semaine sainte. Pour des raisons sanitaires, il ne sera pas possible de laisser de rameaux bénis à disposition dans les églises. Lorsque les autorités sanitaires le permettront, à la fin de l’épidémie, une bénédiction et distribution de rameaux pourra avoir lieu.

Sur KTO

10h, Messe des Rameaux et de la Passion en direct de la grotte de Lourdes
11h, Messe des Rameaux et de la Passion célébrée par le pape François, en direct de Rome
16h30, Conférence de carême de Notre-Dame de Paris, en direct de Saint-Germain-l’Auxerrois
18h30, Messe célébrée par Mgr Michel Aupetit, en direct de Saint-Germain-l’Auxerrois

Sur Radio Notre Dame : 18h30, Messe célébrée par Mgr Michel Aupetit, en direct de Saint-Germain-l’Auxerrois

 

Lundi saint, 6 avril

 

Messe Chrismale, 8 avril

Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, présidera la messe à 18h30 à Saint-Germain-l’Auxerrois.
Elle sera retransmise sur KTO et Radio Notre Dame.

Lectures du jour en cliquant ici : www.aelf.org/2020-04-08/romain/messe

Méditation biblique du P. Jacques Mérienne
« Ils lui remirent trente pièces d’argent ». Judas vend Jésus pour le prix d’un esclave, c’est-à-dire pour presque rien. Ce n’est pas Jésus lui-même qui ne vaut rien, c’est ce qu’il fait, ou plutôt ce qu’il ne fait pas. Au lieu de rameuter le peuple pour chasser les romains, il prêche le pardon et l’amour fraternel, autant dire la non-violence, autant dire l’humilité radicale, celle qui met tous les hommes et les femmes au même plan, ce qui est insupportable aux yeux des puissants, c’est comme s’il accordait à tous, à chacun la même valeur. Sauf que lui il ne compte pas, la valeur qu’il accorde à chaque homme ou chaque femme qu’il rencontre est infinie. Elle ne se compte pas en pièce d’argent, elle se mesure à l’aune de l’amour du Père pour son Fils, et du Fils pour son Père. Judas le comprendra trop tard, l’argent qu’il a gagné lui brûlera les mains, il le jettera dans le temple, car même en trahissant il se savait aimé d’un amour absolu, un amour qu’il n’a pas su assumer, car le monde autour de lui était un monde qui mesure, qui compte, qui évalue, qui compare, un monde de compétition, un monde en guerre, un monde de gagnants et de perdants, un monde où l’on me demande combien je vaux. Va pour trente pièces d’argent…

 

Triduum Pascal

Jeudi saint

9 avril à 18h, célébration à huit clos en l’église Saint-Eustache
Lectures du Jeudi saint en cliquant ici. : www.aelf.org/2020-04-09/romain/messe

Homélie du père Jacques Mérienne, prêtre du diocèse de Paris à l’église Saint-Eustache

La sécurité et la santé de tous passent aujourd’hui par un fraternel « restez chez vous » ou un amical « jamais en groupe » qui séparent plus qu’ils ne rassemblent. Chacun comprend l’urgence vitale de ces injonctions, mais chacun réagit à sa manière pour les mettre en pratique avec zèle ou à reculons. Au cours d’une réflexion sereine les responsables de la paroisse saint-Eustache ont pris ces mesures au sérieux et décidé de maintenir la fermeture complète de l’église tout le temps du confinement imposé par les autorités. Cela a pour conséquence l’arrêt des célébrations eucharistiques jusqu’à nouvel ordre. Une eucharistie ne pouvant exister sans l’assemblée qui en est le signe premier et fondamental il n’y a pas de « messe privée », donc les prêtres ne célèbrent pas seuls, ils « jeûnent » tout comme les autres fidèles et en communion avec eux. L’eucharistie est un sacrement du corps, le corps de l’assemblée devient le corps du Christ, et il ne semble pas qu’un écran puisse le remplacer. L’écran de l’ordinateur ou du téléphone offrent une image nourrissante et apaisante, mais ambiguë et sans mystère. S’il est légitime de retransmettre une messe comme le fait la télévision depuis des décennies au profit de ceux qui ne peuvent se déplacer ou participer à de grands rassemblements internationaux, l’Église n’a jamais cherché à faire croire que ces émissions pouvaient remplacer le contact et la présence qui sont la chair du sacrement. Un enseignement et une émotion sont transmises à travers des images de recueillement et de fête, des prédications et des chants, mais c’est dans le secret du cœur de l’auditeur, dans sa solitude et son absence que se révèle le mystère du geste sacramentel trouvant sa source dans la foi et l’espérance dont il est porteur.

Ne pas célébrer la messe peut être aussi important que de la célébrer, et aussi « nourrissant » pour la vie chrétienne. Les Églises appellent cela le « jeûne eucharistique » par comparaison avec le jeûne comme pratique saine pour retrouver la santé et sainte pour faire pénitence, pratique que Jésus nous demande de vivre comme une fête : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage,… » (Mt 6/16). L’eucharistie instituée par Jésus au cours du dernier repas qu’il prit avec des disciples a été d’emblée reçue par les premières communautés chrétiennes comme le cœur vivant de leur rassemblement, elles nous en ont fait de multiples récits, elles en ont fait dès le début mémoire comme le demandait Jésus lui-même : « faites ceci en mémoire de moi ». Mais elles ne l’ont jamais considérée comme leur unique et exclusive raison d’être, au contraire elles manifestent la possibilité et l’importance de vivre aussi cette communion avec le Christ en dehors de ce geste. La communauté célèbre le rite mais c’est le Christ qui fait la communauté, et non le rite. Saint Jean est le premier à le marquer dans son évangile quand il ne transcrit pas l’institution de l’eucharistie comme le font les autres évangiles ou saint Paul, mais le lavement des pieds des disciples par Jésus, un autre geste qui implique tout autant le Seigneur et ses disciples dans une mémoire transmise encore aujourd’hui. Saint Luc lui aussi place ce jeûne dans son évangile avec les pèlerins d’Emmaüs qui reconnaissent Jésus rompant le pain alors qu’il a déjà disparu. Ils réalisent qu’ils sont seuls, mais avec le « cœur brûlé tandis qu’il leur parlait » (Lc 24.32). Ces évangélistes nous disent que si la communion eucharistique se trouve dans le rite faisant mémoire du geste de partage de son corps par le Christ, et que ce rite nous est donné pour vivre cette communion à notre initiative, cette communion eucharistique se trouve aussi et se reçoit dans d’autres circonstances, qui ne sont pas des rites mais des événements ou des rencontres, voire des silences ou des haltes qui surgissent dans la vie de chacun ou de la communauté, et qu’il faut saisir car elles nous purifient de nos routines et de nos facilités pour nous rendre à l’innocence de celui et de celle qui reçoivent un cadeau inattendu et en sont émerveillés. Dieu est fidèle et il nous accueille quand nous nous tournons vers lui, mais ce qui est décisif c’est de reconnaître que quel que soit le parti que l’on prend à son égard, contemplation ou nuit, la place de Dieu dans nos vies est un lieu secret, il se révèle, il se dévoile sans nous attendre, ce qui nous surprend, sans nous abandonner, ce qui nous rend confiants, sans nous enfermer, ce qui nous rend vraiment libres.

Nous priver de messe ne nous prive pas du Christ, ne nous prive pas de l’amour de nos frères et sœurs, ne nous prive pas du tête-à-tête avec l’en-haut, ne nous prive pas d’une espérance qui devient puissante. Nous sommes dans un temps d’attente, de respirations courtes et de regards furtifs, un temps de crépuscule que le printemps naissant n’arrive pas à réveiller car la ville est vide et les rues abandonnées à l‘errance des sans-abris sans amis. L’urgence est de maintenir possible notre communion en la réinventant au besoin, pour poursuivre sûrement autrement ce que les gens les plus simples dont la foi est dite populaire, ce que les croyants les plus traditionnels, les mystiques et les prophètes visionnaires ont entrepris avant nous, ce que Paul a entrepris pour passer du Jésus qu’il n’a pas connu au mystère du Christ dans la communauté chrétienne, ces entreprises il nous appartient de mettre à profit en ce temps où nous sommes livrés à nous-mêmes, pour les actualiser, pour passer du Christ restreint à la communauté chrétienne au Christ universel qui s’élabore dans l’humanité entière, au-delà des frontières définies par nos lieux, nos agendas, nos institutions et nos autorités ou par ceux qui veulent s’en emparer, Christ aujourd’hui qui s’élabore au sein de notre humanité qui tente de rejoindre la demeure de Dieu parmi les hommes.

Quête

Le confinement ne rend pas notre communauté virtuelle, nous sommes séparés pour des raisons sanitaires mais toujours unis dans la pensée et la prière, ce que traduit entre autre la communication internet qui nous réunit chaque jour. Notre communauté continue donc de vivre malgré la fermeture temporaire de l’église et elle a toujours besoin de ses ressources pour faire face à ses charges. Vous le savez une part importante de ces ressources viennent de l’offrande faite lors des messes qui sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. Vous pouvez néanmoins continuer à y contribuer en faisant vos offrandes via le compte www.quete.paris.catholique.fr

 

#VoyageEnPoésie Jean-Michel Maulpoix dans Une incertaine église

Il ne subsiste qu’un geste nul qui ressemble à la prière.

Puisque les mains de l’homme sont vides, il lui faut les joindre, pour mieux sentir ce vide: qu’elles lui prêtent leur contour. On offre au silence un lieu où se loger, un endroit du corps où attendre, une précaire chapelle de sang et de chair. Et l’on espère à son contact, on prend patience. La langue aussi est un église.

 

Vendredi saint

10 avril à 15h, célébration à huis clos en l’église Saint-Eustache
Lectures du Vendredi saint, célébration de la Passion du Seigneur : www.aelf.org/2020-04-10/romain/messe

Chemin de croix lu par Laurent Charpentier

Téléchargez le Chemin de croix en cliquant ici.

Chemin de croix Saint Eustache 2020

 

Lecture de la Passion selon saint Jean par François Regnault

 

Homélie du P. Yves Trocheris
Prêtre de l’Oratoire, curé de Saint-Eustache

« Christ lag in Todesbanden » … Tel est le titre que J.-S. Bach donna à la cantate BWV 4 qu’il composa vraisemblablement pour le dimanche de Pâques de l’année 1707 ou de celle de 1708 à Weimar. Les paroles de cette œuvre reprennent directement un texte de Martin Luther qui pour l’écrire s’était lui-même inspiré du Victimae paschali laudes. L’évangile source de la cantate BWV 4 est le récit de la résurrection par Marc (16, 1-8) :

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.

De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil.

Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? »

Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande.

En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur.

Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé.

Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

La cantate BWV 4 est extrêmement travaillée. La composition musicale tout d’abord : donnée par le choral, la tonalité est y unique, avec cependant cette petite variation autour du mode dominant, un mode proche du mi mineur, au bénéfice du si mineur. Un tel usage modal produit un sentiment tout à la fois teinté d’une profonde tristesse et d’une joie toute proche à gagner sa plénitude. La mise en scène ensuite de cette cantate se déploie autour des sept strophes du cantique de Luther. Sept strophes donc, comme les sept jours de la création, ou les sept branches de la Ménorah, ou encore comme les sept dernières paroles du Christ en croix. Au terme de chacune de ces strophes, le chœur ou les chantres produisent un magnifique alléluia. Ainsi, l’acte de louange à Dieu est lui-même réitéré sept fois.

Tout de suite après l’évocation par la sinfonia d’ouverture des ténèbres dans lesquelles la mort du Christ a jeté le monde, le chœur engage le chant de la première strophe qui débute par ces mots : « Christ lag in Todesbanden » …. « Christ gisait dans les liens de la mort ». C’est précisément cette parole qui me conduit à vous proposer une homélie du Vendredi Saint fondée sur l’écoute de la musique et de quelques paroles de la cantate BWV 4. Je le rappelle, cette cantate a été composée pour un dimanche de Pâques. Elle est cependant constamment traversée par l’expression insistante de la douleur que provoque la mort du Christ. La résurrection est certes annoncée par la proclamation finale à cette strophe d’un alléluia. Cependant l’auditeur est ici invité à bien contempler, là sous ses yeux, son Seigneur gisant mort. L’intention n’est ici, me semble-t-il, nullement doloriste. Il est plutôt question de convertir la conscience du croyant à la réalité d’un combat. La réalité et la nature de ce combat sont clairement formulées dans la strophe centrale, la quatrième, de la cantate :

Ce fut un admirable combat,

quand luttèrent la mort et la vie,

et que la vie a remporté la victoire et a englouti la mort.

L’écriture l’avait annoncé,

comme une mort allait dévorer l’autre,

la mort est désormais ridiculisée.

Alléluia !

Oui, l’agonie et la mort du Christ désignent un combat ; ils désignent le combat de Dieu pour le salut de l’homme. En grec, l’agôn est la lutte : Dieu lutte pour que la vie l’emporte sur la mort et ceci de telle sorte que celle-ci soit totalement destituée de tout pouvoir. En contemplant la Passion du Christ, c’est à la mort d’un homme et à la lutte de Dieu pour la victoire de la vie que nous prenons part. Ces deux pôles de la Passion sont indissociables l’un de l’autre et le gisant déposé dans un tombeau qui sera finalement retrouvé vide en est le symbole le plus extrême. Combat de Dieu, effectivement ! car comme l’indique le premier verset de la deuxième strophe de la cantate BWV 4, seul Dieu a la force de lutter contre la mort, en se donnant lui-même, en donnant sa vie, en donnant la vie qui est à et en lui-seul.

À elle-seule la cantate BWV 4 pourrait figurer parmi la liste des passions composées par J.S. Bach. C’est un joyau musical. J’aimerais tant qu’au jour de demain, vous puissiez trouver le temps de l’écouter[1], afin d’entendre ce que nous sommes appelés à découvrir dans la célébration du Vendredi Saint : dans la mort de son Fils, Dieu a lutté pour nous communiquer sa propre vie, une vie affranchie du pouvoir de la mort. Christ gisant là sous nos yeux … Dieu combat pour nous …. il remporte … il a déjà remporté la victoire. Alléluia !

[1] Ma version préférée est celle du Thomanerchor de Leipzig dirigé par Georg Christoph Biller

 

Quête

Le confinement ne rend pas notre communauté virtuelle, nous sommes séparés pour des raisons sanitaires mais toujours unis dans la pensée et la prière, ce que traduit entre autre la communication internet qui nous réunit chaque jour. Notre communauté continue donc de vivre malgré la fermeture temporaire de l’église et elle a toujours besoin de ses ressources pour faire face à ses charges. Vous le savez une part importante de ces ressources viennent de l’offrande faite lors des messes qui sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. Vous pouvez néanmoins continuer à y contribuer en faisant vos offrandes via le compte www.quete.paris.catholique.fr

 

#VoyageEnPoésie Rainer Maria Rilke, Huitième Elégie

Tout près de la mort on ne voit plus la mort et reste là les yeux fixés “vers un ailleurs”, avec un grand regard, peut-être d’animal.
(…) C’est cela qu’on appelle Destin: être en face et rien d’autre et toujours en face.

Nah am Tod sieht man den Tod nicht mehr und starrt “hinaus”, vielleicht mit grossem Tierblick. (…) Dieses heisst Schicksal: gegenübersein und nichts als das und immer gegenüber.

 

Samedi saint

11 avril à 21h, veillée pascale à huit clos en l’église Saint-Eustache

Méditation du père Jacques Mérienne, prêtre du diocèse de Paris à l’église Saint-Eustache

Dans une Semaine Sainte « normale » le samedi Saint est le jour de l’absence : les apôtres après la passion ressentent l’absence de Jésus, et nous faisons comme eux… dans la liturgie. Il y a triche, nous jouons une absence dont nous savons le terme rapide, alors que pour beaucoup de nos contemporains cette absence est patente sans aucun recours à quelque liturgie que ce soit. Jésus n’est rien dans leur vie, pour eux c’est cela la normale et ils n’en ressentent pas de manque, Jésus est absent tout le temps. En ce temps de sevrage liturgique pour cause d’interdiction de rassemblement nous nous trouvons en phase avec nos contemporains non-croyants puisque les mots de la liturgie ne sont plus disponibles en direct ; nous n’avons que nos mots à nous pour exprimer cette absence, les mots que nous utilisons pour parler de nous, de nos joies et de nos espoirs, de notre peur peurs et de notre courage. Cette parole vraie ne fait pas la leçon, elle ne s’adresse pas vraiment à autrui car elle naît en chacun comme une parole originale qui ne concerne que soi, elle naît de l’étonnement d’être au monde et du désir profond d’exister en tant qu’être unique, certes avec l’envie que cela plaise aux autres, qu’ils y reconnaissent une expérience de vie authentique, et qu’ils tentent alors d’entrer en dialogue, paroles échangées dans l’écoute mutuelle qui définissent peu à peu un langage qui loin d’uniformiser nos visions du monde, met en valeur la liberté de chacun, liberté de croire, liberté d’aimer, liberté d’être soi-même.

 

Écoutez l’Exultet de la Vigile Pascale à Saint-Eustache par Stéphane Hézode, chantre

 

Écoutez la méditation de la Vigile Pascale

 

#VoyageEnPoésie François Cheng dans Le long d’un amour

Un visage
Traversé
Par hasard
Désormais
unique

Un visage
Reconnu
Entre tous
Désormais
unique

L’univers
Répondant
A un nom
Prend visage
et sens

Où tu es
Ou tu n’es pas
Tout n’est plus
Que présence
absence

 

Dimanche de la Résurrection du Seigneur

12 avril à 9h, célébration à huit clos en l’église Saint-Eustache

Lectures du jour en cliquant ici : www.aelf.org/2020-04-12/romain/messe

Homélie du frère Gilles-Hervé Masson, dominicain, vicaire

Chers Frères et sœurs,

Chers amis, 

Quelques mots d’un sermon de Saint Jean Chrysostome pour commencer : 

« Que tous ceux qui cherchent Dieu et qui aiment le Seigneur viennent goûter la beauté et la lumière de cette fête ! Que tout serviteur fidèle entre avec allégresse dans la joie de son Maître ! Que celui qui a porté le poids du jeûne vienne maintenant recevoir le denier promis ! Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive aujourd’hui son juste salaire ! Quelqu’un est-il venu à la troisième heure ? Qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâce ! Que celui qui est arrivé seulement à la sixième heure soit sans crainte : il ne sera pas frustré. S’il en est un  qui a attendu jusqu’à la neuvième heure, qu’il s’approche sans hésitation ! Et même s’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas peur d’être en retard !

Car le Seigneur est généreux : il reçoit le dernier aussi bien que le premier ; il accorde sont repos à celui qui s’est mis au travail en fin de journée comme à celui qui a peiné tout le jour. Au dernier il fait grâce et il comble le premier ; à celui-ci il donne, à celui-là, il fait miséricorde. Il reçoit le travail et il accueille avec amour le désir de bien faire ; Il reconnaît le prix de l’action mais il connaît la vérité de l’intention.

Aussi bien, entrez tous dans la joie de notre Seigneur ! Et les premiers et les seconds, soyez comblés. Riches et pauvres communiez dans la joie ! Avez vous été généreux ou paresseux ? Célébrez ce jour ! Vous qui avez jeûné et vous qui n’avez pas jeûné, aujourd’hui, réjouissez-vous ! (…) »

Et on pourrait lire le texte en son entier : il est traversé d’un incroyable enthousiasme (au sens le plus littéral : « traversé d’un élan divin ») qui dit toute la force de la Pâque.

Reste que le matin de Pâque, si l’on revient au réel concret et à l’expérience de ceux et celles qui l’ont vécu, le matin de Pâque c’est d’abord un réveil lourd. Réveil des disciples au lendemain de la mort du Seigneur. Réveil de Marie-Madeleine, le cœur embrumé de toutes les tristesses d’un lien perdu corps et biens, dans les méandres de l’absurdité de la vie, les impasses de la fausseté des hommes et le cul-de-sac sans retour de la mort- pour-toujours.

Le réveil du matin de Pâque est bien un réveil lourd. Ceux et celles qui le vivent ne sont en rien prédisposés à une quelconque « bonne nouvelle »… Qu’est ce qui pourrait les consoler de ce qu’ils viennent de vivre ? Qu’est ce qui pourrait les consoler de la perte du Seigneur ? On ne voit vraiment pas.  Et on ne voit vraiment pas parce qu’aucune bonne nouvelle ne tient lorsque le malheur a mordu ou lorsque la mort a frappé. Passée la frontière de la mort, de retour il n’y en a point.

C’est dire l’“improbable”, au-delà de tout mot, qui va faire irruption « ce matin là ». Si improbable qu’il faudra du temps pour l’accueillir, y faire droit et plus encore pour le « comprendre » (ici les guillemets s’imposent !) et en saisir le sens et la portée. Tout d’abord ce sera un message balbutiant, qu’on répète comme lorsqu’on répète quelque chose dont on n’est pas sûr ou que l’on n’est pas sûr d’avoir compris. Ainsi Marie-Madeleine aujourd’hui, dans cette page d’Évangile : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé ». N’est-il pas frappant qu’il n’est ici de certitude que ce qui concerne la mort (le tombeau)… Après, dès que le corps disparaît, on entre dans le monde incertain de l’étonnement hébété et des conjectures… Ainsi des premiers témoins du « tombeau vide », Pierre et Jean. De Jean seul on nous dit qui’ “il vit et il crut”. Les quelques versets d’évangile que l’on a lus permettent de se représenter un peu ce qu’il a vu. Quant à ce qu’il a cru… voilà qui ne peut que nous laisser songeurs… Oui, au fait, y avez-vous songé ? : Qu’a-t-il cru exactement ?

Au matin de Pâque commence une aventure de foi. La résurrection n’entre pas dans la vie du monde et pas davantage dans la vie de chacun, chacune,  de nous par la grande porte de l’évidence qui chasserait toute brume de doute et nous laisserait sans question. Non. Ce n’est pas tant « la résurrection » du reste qui se présente au premier chef. C’est plutôt le Ressuscité, Celui qui va offrir à Marie-Madeleine avant tous les autres (on ne saurait trop le souligner !) la première rencontre qui sera une invitation à la foi, une invitation à ajouter foi à l’in-croyable. Cet incroyable qui tient en une phrase, simple : celui qui était mort est vivant. 

Il faut le redire : au principe et au cœur de notre foi, de génération en génération, c’est cette annonce-là qui est portée et proposée à l’assentiment de tout un chacun. Et ceux et celles qui donnent l’“Amen” de leur foi à cette proposition savent bien qu’il s’agit pour eux de vivre désormais leur vie sous le signe  d’une découverte sans cesse approfondie de ce que signifie « ressusciter avec le Christ », « vivre en ressuscité »… On pourrait ici énumérer toutes les expressions qui émaillent l’enseignement de Paul, lequel nous indique que la résurrection affecte notre vie ici et maintenant. L’espace de la résurrection ce n’est pas celui de la fiction. Le temps de la résurrection ce n’est pas le futur ultime et lointain – qui demeure pourtant l’horizon – mais c’est bien le présent. Le passage de Paul aux Colossiens que nous lisons en seconde lecture ce jour de fête le proclame nettement : « Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en-Haut… ». « Vous êtes ressuscités ! », dit bien saint Paul.

Chaque année la Pâque revient comme une fête et une fête qui compte. Elle nous fait passer par les moments sombres de la passion et de la mort et cela parce que la Pâque du Seigneur est une geste de combat et de victoire. La séquence de Pâques (le Victimae paschali) le chante : « Mors et vita duelo conflixere mirando » : « la vie et la mort se sont battues dans un combat sans merci ». Point d’idées ici. Point de théories. Point de grands discours. Seulement l’engagement du Seigneur qui « donne sa vie pour la vie du monde ». Seulement le Seigneur qui pose un geste d’amour absolu et de portée infinie pour que chacun, chacune et le monde entier et la Création tout entière puisse y puiser force et espérance dans tous les combats qui sont toujours à mener.

De ces combats, quelques uns sont davantage présents à notre esprit. Ce sont ceux avec lesquels nous sommes aux prises en ce moment. Nous ne les oublions alors que nous confessons le Ressuscité. Au contraire ! Et nous pouvons puiser dans notre confession de foi force et lumière lorsque les jours se font trop lourds. L’annonce de la Pâque est toujours affectée d’un coefficient de gravité au motif on ne plaisante pas avec la mort. Mais le Seigneur est là qui invite chacun à la rencontre, comme pour Marie-Madeleine, dans le jardin du premier matin de la Création nouvelle. Il invite chacun, chacune à la rencontre et à l’aventure de la foi pour mener les combats de la vie et de ce monde sous le signe de l’espérance que lui, le Seigneur donne et que seul il peut donner. On se souvient du dialogue entre Marthe, la sœur de Lazare et Jésus : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? » – demande Jésus. Et Marthe de répondre : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui vient dans le monde ». Et chacun comme Marthe se trouve interrogé par le Ressuscité et invité à donner  l’aquiescment, L’Amen de sa foi.

Nous pouvons conclure avec les mots de l’oraison de ce jour :

Aujourd’hui, Dieu notre Père, tu nous ouvres la vie éternelle par la victoire de ton Fils sur la mort, et nous fêtons sa résurrection. 

Que ton Esprit fasse de nous des êtres nouveaux pour que nous ressuscitions avec le Christ dans la lumière de la vie.

Christ est Ressuscité ! 

Il est vraiment Ressuscité !

A tous et à toutes, à chacun et à chacune, de tout cœur, dans ces temps si particuliers, une très belle fête de Pâques !

Amen. Alleluia.

 

Quête

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#VoyageEnPoésie Paul Eluard Crier dans Livre ouvert

J’ai reculé les limites du cri

L’action se simplifie

Car j’enlève à la mort cette vue sur la vie
Qui lui donnait sa place devant moi

D’un cri

Tant de choses ont disparu
Que rien jamais ne disparaîtra plus
De ce qui mérite de vivre

Je suis bien sûr maintenant que l’été
Chante sous les portes froides
Sous des armures opposées
Les saisons brûlent dans mon cœur
Les saisons les hommes leurs astres
Tout tremblants d’être si semblables

Et mon cri nu monte une marche
De l’immense escalier de joie.

Pentecôte

Pentecôte, 31 mai

Lectures du dimanche de Pentecôte : www.aelf.org/2020-05-31/romain/messe
Messes à 9h30, 11h et 18h

 

Lundi de Pentecôte, 1er juin
9ème Semaine du Temps Ordinaire — Année Paire
Bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Église

Lectures du jour : www.aelf.org/2020-06-01/romain/messe

Messe à 12h30

Message du P. Yves Trocheris

Chers amis, chers frères et chères sœurs, 

Les temps que nous vivons sont des plus étranges. Nous les vivons certainement en éprouvant une peur pour nos proches, pour les plus faibles, les plus démunis, et pour nous-mêmes. Nous pouvons également les vivre en éprouvant une profonde admiration et en exprimant toute notre reconnaissance à ces femmes et à ces hommes qui par leur métier de santé cherchent à sauver tant de vies humaines. Nous pouvons encore les vivre en adoptant comme nous le demande l’autorité publique une attitude citoyenne. Oui de notre volonté à respecter le confinement dépend l’évolution de la pandémie. Permettez-moi d’insister sur ce point : nous sommes des femmes et des hommes de la cité et nous devons par conséquent adopter une attitude responsable contre tout ce qui menace le bien commun. Respectons donc les consignes de confinement et de restriction des proximités entre nous.

Lorsque je médite sur ce que nous vivons aujourd’hui, deux termes me viennent immédiatement à l’esprit : l’absence et la fragilité de l’existence.

L’absence :

Nous devons aujourd’hui nous tenir éloignés de tout ce qui compose habituellement notre quotidien, et d’abord de la plupart des personnes avec qui nous sommes en contact dans le cadre de nos liens familiaux, mais aussi de tous nos amis, de tous nos collègues de travail, de toutes personnes encore qui interviennent régulièrement ou inopinément dans nos relations sociales.

Pour les chrétiens, une autre absence se manifeste, une absence  qui met à l’épreuve ce qui constitue l’essence même de l’Eglise : l’absence du rassemblement physique autour de l’acte liturgique. Cette absence est d’autant plus douloureuse, qu’en ces temps difficiles, nous voudrions disposer de toute la liberté souhaitable pour déposer nos craintes et nos épreuves, mais aussi nos espoirs, nous voudrions aussi formuler nos prières et renouveler l’expression de notre de foi, déposer donc tout cela, individuellement et collectivement, précisément là dans ce lieu consacré à Dieu. Le corps que nous constituons cependant demeure. Il demeure authentiquement avec ce désir que nous entretenons tous de pouvoir recevoir tous ensemble, lorsque notre foi en notre Sauveur le Christ de nouveau nous rassemblera dans l’enceinte de nos églises, le pain de vie et le vin du royaume.

Ce temps reviendra et dans l’intervalle qui aujourd’hui nous en sépare, cultivons, affinons notre désir de Dieu, renforçons le sentiment de notre lien à ce Dieu qui se manifeste comme le Dieu unique, unique par sa volonté de nous communiquer si abondamment et si gracieusement sa propre vie.

Frères et sœurs, notre monde et notre temps sont probablement trop dominés par l’emprise permanente du « devoir-faire » et la crise que nous vivons actuellement est peut-être un symptôme de cette emprise. Oui, j’en suis intimement persuadé, nous sommes invités à revenir à un sens approfondi de ce que signifie « être », et pour les chrétiens, « être » à proportion de l’appel par lequel Jésus le Christ nous interpelle à suivre son chemin vers le Père. Dans les jours qui viennent, nous sommes sans doute invités à « moins faire » pour laisser cet appel à beaucoup plus « être » s’éclore en nous. Ce sera peut-être en nous sentant fort d’avoir écouté cet appel à plus et à mieux être, que nous dépasserons nos peurs et que nous nous rendrons plus libres d’être là auprès de tous ceux que cette crise aura frappé.

La fragilité de l’existence :

La fragilité de l’existence, voilà un sentiment qui ne nous est plus du tout familier.
Nos ancêtres vivaient quotidiennement avec ce sentiment. Du fait de la faiblesse des ressources, de l’absence d’un système médical et éducatif moderne, avec les menaces persistantes de la famine, des épidémies et de la guerre, nos ancêtres vivaient quotidiennement avec un tel sentiment. Ils en concevaient plus volontiers une forme de la vie marquée par l’idée de passage et par la possibilité d’une interruption brutale de cette vie. De ce fait, ils étaient peut-être plus aisément enclins à vouloir donner un sens collectif (philosophique, religieux, politique) à ce passage. Les temps modernes ont permis que les positions quant à ce sens puissent être librement débattues et adoptées. Sans vouloir tomber dans une vision catastrophiste du monde contemporain, sans donc affirmer que toutes les menaces qui pesaient sur nos ancêtres sont revenues sous une forme nouvelle et plus globale, en ne niant cependant pas que notre monde est soumis à des défis inédits, il est bon de se souvenir combien nous sommes tous sur cette terre des pèlerins.

Le carême est précisément ce temps de l’année liturgique où les chrétiens envisagent la vie comme un passage. Il y a cette montée vers le Golgotha, précisément la montée du Christ vers sa propre mort. La mort du Christ n’est pas simplement un fait passé, mais elle est surtout aux yeux de Dieu l’événement par lequel il joint à l’histoire de l’humanité sa propre miséricorde et un amour sans reste. Ce que Dieu nous dit de notre propre mort dans la mort du Christ, cela nous pouvons le recueillir patiemment, afin que nos propres morts à venir s’insèrent toujours plus délicatement dans la mort de celui-là seul qui est mort pour tous. Oui frères et sœurs, notre passage sur cette terre comme pèlerins exige que nous reconnaissions combien l’existence humaine est soumise à la loi de sa fragilité. Dans chaque et toute petite lumière qui s’éteint, les chrétiens espèrent que la lumière pascale manifeste, au moment voulu par Dieu, toute la force d’une vie qu’il a faite irréversiblement victorieuse de la mort : « Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. (Apocalypse 21) »

Chers frères et sœurs, en tant que curé-affectataire, j’ai décidé de laisser l’église de Saint-Eustache totalement fermée. Le gouvernement autorise une ouverture réglementée des églises, mais il m’a semblé bon dans ces premiers temps de la pandémie de respecter radicalement le principe du confinement. Par ailleurs, 6 salariés et 5 musiciens salariés ont été placés en chômage partiel depuis mardi matin. Dès lundi soir, j’ai également demandé à tous les bénévoles de la paroisse de ne plus venir. Le principe est ici celui de la précaution. Dans ces conditions et en tenant compte de la grandeur de l’église, il m’a paru d’autant plus difficile de la maintenir ouverte. Enfin, Saint-Eustache contient des œuvres d’art, et il est nécessaire d’en garantir la sécurité.

Je sais que certains d’entre vous et dans les limites du périmètre encadrant leur confinement auraient souhaités entrer dans leur église. Sachez cependant que ma décision fut extrêmement difficile à prendre et je compte sur votre compréhension. Pour les obsèques (limitées au rassemblement de 20 personnes), l’église demeure bien évidemment mobilisable. Toute l’équipe des prêtres est restée pour garantir une permanence et pour assurer le maintien du contact avec vous.

Pendant ce temps de confinement, je vous propose ceci :

  • Prenez le temps de lire les Saintes Ecritures, plus particulièrement les textes du jour. Ceux-ci sont disponibles sur le site AELF (aelf.org). Ce site est remarquable. Chaque jour l’un des prêtres de Saint-Eustache vous propose une méditation de ces textes, et le dimanche, écrira pour vous une homélie. Tout ceci est disponible sur le site paroissial (www.saint-eustache.org). Sur ce même site, vous pourrez vous inscrire afin de recevoir la lettre d’informations de Saint-Eustache. Madame Mairé Palacios Garnero, responsable de la communication (communication@saint-eustache.org), reste à votre disposition pour toute demande d’information complémentaire.
  • N’hésitez pas à consulter le site KTO pour notamment y suivre les offices présidés par notre Archevêque, Monseigneur Michel Aupetit. Chaque matin, notre Archevêque parle quelques minutes sur Radio-Notre Dame. Suivez également les interventions et discours du Pape François. Ce temps de confinement nous rappellera ainsi que nous appartenons à une Église qui rassemble au-delà du seul terrain paroissial, au niveau même du Diocèse, au niveau de l’Église universelle. L’occasion peut être aussi bonne d’écouter ce que nos frères et sœurs en baptême disent de leurs épreuves et de leurs espérances en ce temps de crise. Grâce au site de l’Oratoire du Louvre (oratoiredulouvre.fr), notre voisin, nous pouvons écouter les homélies des deux pasteures, mesdames Béatrice Cléro-Mazire et Agnès Adeline-Schaeffer. Je vous recommande enfin vivement d’écouter sur le site du journal La Croix l’allocution du Père François Euvé s.j.

Chères paroissiennes et chers paroissiens, chères amies et chers amis, les vicaires de Saint-Eustache et moi-même sommes vraiment soucieux de vous et nous vous assurons de tout notre dévouement. Chacune des prières que nous portons, cela l’Esprit saint le rassemble et ainsi nous unit. Que nos saints patrons, saint Eustache, sainte Agnès, saint Louis, ainsi que les saints patrons de notre ville, sainte Geneviève et saint Denis intercèdent pour nous.

Yves Trocheris
Prêtre de l’Oratoire de France
Curé de Saint-Eustache

📌 Accès à l’église Saint-Eustache :

➡️ Les réunions sont annulées. Elles reprendront lorsque les conditions le permettront.
🔴 Un numéro d’urgence pour joindre l’église à toute heure en privilégiant le sms : 07 79 98 09 76


L’œuvre est présentée en l’église Saint-Eustache depuis le 26 février 2020.

Pascal Convert
Cristallisation #3 – 2014

Verre, plâtre, charbon de bois,
96 x 40 x 25 cm
Maître verrier Olivier Juteau

Courtesy galerie Eric Dupont, Paris

Sacré en tant que représentation de la figure divine et en tant qu’oeuvre d’art, cette sculpture en ronde bosse antique d’échelle quasi humaine du Christ a eu à subir une opération sacrificielle de “cristallisation”. Olivier Juteau, maître verrier qui réalise les œuvres en verre de Pascal Convert depuis plusieurs années, a décrit avec précision le rituel permettant cette opération qui produit une transmutation du bois en cristal.

Trouvez un vieux christ en bois. Dépoussiérez et brossez la surface du bois. Enlevez les rebouchages douteux effectués lors des restaurations précédentes. Purgez tous les apprêts faits au plâtre. Retirez toutes les parties métalliques en les recherchant en promenant un aimant sur le corps du christ. Rebouchez à la cire les trous indésirables et au besoin compléter avec de la cire les parties manquantes.

Positionnez les jets d’alimentation en cire et les évents en cire. Montez au pinceau une première couche de plâtre réfractaire pour bien prendre tous les détails. Installez l’armature métallique devant contenir la pression du verre liquide. Coffrez l’ensemble et coulez le moule réfractaire autour du christ. Après 48 heures et après décoffrage enfournez parfaitement à l’horizontal. Disposez dans le four et au-dessus du moule, les procédés d’alimentation en verre du christ. Étuvez le moule à 120°C jusqu’à ce qu’il ne dégage plus de vapeur d’eau. Cuisez jusqu’à 550°C et appréciez visuellement la combustion de l’original en bois. Montez le four progressivement à une température de 880°C. Dès que cette température est atteinte, commencez à alimenter en verre. Arrêtez l’alimentation quand le verre ressort par les évents, attention cela se fait doucement et prend une vingtaine d’heures. Laissez refroidir jusqu’à 580°C et restez-y au moins 48 heures. Faites refroidir extrêmement progressivement sur une durée d’un mois et demi, jusqu’à la température ambiante. Sortez le moule du four et commencez à démouler précautionneusement en respectant la volonté de l’artiste. Consolidez si nécessaire avec de la résine les parties du plâtre réfractaire trop tendres que l’artiste souhaite garder autour. Réparez les fissures inévitables, rebouchez certains manques si besoin. Brossez la surface de la sculpture.

Cette “recette” décrit ce qui peut ressembler une “paisible tuerie”, mais au sentiment initial d’horreur face à ce geste iconoclaste décisif succède l’impression de se trouver devant le fantôme d‘ « une mer de cristal mêlée de feu » (Apocalypse de Jean 15, 2). L’opération de cristallisation qui convertit une sculpture en bois en une sculpture en cristal est une opération mystérieuse de transsubstantiation.

Dans deux récits autobiographiques1 Pascal Convert est revenu sur son rapport à la religion durant son enfance, rapport lié à sa mère :

« Le seul élément singulier concernant ma naissance pourrait être que ma mère ait décidé de me prénommer Pascal : étant né quatre jours après la naissance du Christ, Noël aurait été un prénom plus désigné. Son choix n’était illogique qu’en apparence. En me condamnant à porter le nom de l’agneau de Pâques, agneau égorgé lors du mystère
de la Résurrection, agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, ma mère me donnait la lourde charge d’écarter d’elle l’ange de la folie qui, depuis sa naissance, un Vendredi saint, jour de la crucifixion et de la mort du Christ, rôdait, s’approchant toujours plus près d’elle. Cela a donc été « Pascal ». A peine né, la Passion et la Résurrection comme promesse. (…) Je me souviens avec précision que vers l’âge de dix ans un livre à la tranche dorée consacré aux enfants illustres avait attiré tout mon intérêt. Et, confondant prénom et patronyme, je m’identifiais au célèbre mathématicien et métaphysicien Blaise Pascal (…). Cette « visitation » de Pascal, ajoutée à une ambiance familiale peu sensible à la rationalité, m’a fait perdre le peu de lucidité qu’il me restait. Plus le sens des Pensées de Pascal m’était obscur, plus elles me protégeaient de la folie qui m’entourait. « Par ceux qui sont dans le déplaisir de se voir sans foi, on voit que Dieu ne les éclaire pas ; mais les autres, on voit qu’il y a un Dieu qui les aveugle. » Tétanisé, j’étais incapable de comprendre la logique d’une telle phrase, et le mystère de Dieu en devenait plus grand. La proposition pascalienne finissait de me convaincre que celui que je prenais naïvement pour ma première incarnation pouvait me guider vers un jardin de fleurs en cendres où je serai délivré de la souffrance de vivre : « Afin que la passion ne nuise point, faisons comme s’il n’y avait que huit jours dans la vie ».

(…) Malgré le sacrifice qu’il suppose, je préfère le prénom Pascal et l’image paisible des cloches ailées en route vers Rome qui lui est associée à celle du père Noël. Les jours de grandes angoisses, ma mère arrêtait la pendule comme si ce simple geste suffisait à arrêter le temps. Puis elle s’asseyait sur un coussin de velours noir brodé de soie sur le bord de son lit. Regardant un crucifix en faïence posé sur sa table de nuit, elle faisait cette étrange prière : « Mon Dieu, je ne puis plus rien pour moi. Prends ma place».

1 La constellation du lion, éd. Grasset, 2013, Conversion, éd. Filigrane, 2017.

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