Réenchanter, c’est, on le sait ici, partager avec les plus fragiles. Il y a aussi d’autres formes de partage. Le pape Francois rappelait que la planète faisait partie des pauvres invisibilisés. En revanche, les manifestations de la crise de civilisation qu’il analyse dans Laudato si’ sont bien visibles dans les domaines de la santé, de la biodiversité ou des paysages : diabète et obésité, gaspillage et malnutrition, chute vertigineuse des populations d’oiseaux dans les zones agricoles, omniprésence des déchets plastiques, etc.
Deux voies sont alors possibles :
– On peut utiliser nos marges de manœuvre pour partager réellement la planète avec le vivant en adaptant nos empreintes (voir le site de l’Ademe -Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie-, rubrique « nos gestes climat ») et en végétalisant nos assiettes.
– Laudato si’ invite également à aborder ce type de défi systémique dans la durée, en amplifiant notre transformation intérieure. Il s’agit de changer le regard que nous portons sur la Création, de se mettre à son écoute. Certains gestes et attitudes laissent apparaitre la Création comme un don prodigieux à accueillir jour après jour.
Privilégier les légumes et fruits de saison, opter si possible pour le local, préférer les produits de l’agro-écologie qui préservent les sols, c’est recevoir la création et accueillir les cycles qui la renouvellent et la diversité dans laquelle elle se déploie. C’est d’une certaine manière la célébrer ; c’est aussi y contribuer activement car nos achats impactent agriculture et paysages.
Prendre le temps de s’émerveiller des produits « ordinaires » ou pas, de leur étonnante diversité, nous émerveiller de notre créativité culinaire des saveurs inédites que nous obtenons, c’est aussi entrer davantage dans la gratitude (tout en neutralisant le bombardement des images qui formatent les goûts)
Choisir les circuits courts, diminuer les additifs chimiques, limiter le gaspillage et recycler nos déchets organiques sont autant de façons de prendre soin des fermes à taille humaine, de nos bactéries qui nous accompagnent, ou des sols et paysages qui sont notre bien commun. Nous assumons ainsi notre interdépendance au sein du vivant. Le pape Francois résumait (LS 220) : « Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres »
Xavier de Rubercy pour le groupe Eglise verte-Saint-Eustache
