Cette formule française, « Allez dans la paix du Christ », est la formule la plus connue du renvoi de l’assemblée chrétienne à la fin de la messe dans le rite romain actuel. Elle traduit et développe théologiquement ce que le latin classique condensait dans le célèbre « Ite, missa est ».
Ite, missa est. Cette formule latine apparaît très tôt dans la liturgie romaine. Littéralement elle signifie Ite = Allez et missa est « c’est l’envoi » ou « l’assemblée est renvoyée ». Pendant longtemps, cette formule a été comprise surtout comme une dissolution de l’assemblée, autrement dit « la célébration est terminée ».
Cependant, la théologie contemporaine insiste davantage sur le mot missa, lié à la racine du mot mission. La messe n’est pas seulement achevée, les fidèles sont envoyés dans le monde.
Ainsi, la messe se conclut non par une fermeture, mais par une ouverture. Vous avez reçu la Parole et l’Eucharistie, maintenant, vous êtes envoyés pour vivre ce que vous avez célébré.
Allez dans la paix du Christ. La formule met explicitement en lumière ce que le latin laissait implicite. Elle contient en réalité trois dimensions qui se tiennent les unes les autres. Le départ tout d’abord. « Allez » : la liturgie conduit vers la vie quotidienne. Le chrétien ne reste pas dans le sanctuaire, il retourne au monde. Deuxièmement, « la paix ». Ce n’est pas seulement une tranquillité psychologique dont il s’agit. Dans le sens des Ecritures, la paix du Christ renvoie à la réconciliation avec les frères et sœurs, à la communion avec Dieu et avec les autres.
L’appartenance au Christ. La paix n’est pas simplement la paix ordinaire, celle à laquelle nous pouvons toutes et tous légitimement aspirer. Il s’agit ici de la paix du Christ ressuscité. On pense alors immédiatement aux paroles de Jésus dans l’évangile selon saint-Jean (Jn 14,27) : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ».
La réforme liturgique après Vatican II. Après le Concile Vatican II, plusieurs formules de renvoi ont été introduites dans le missel romain pour mieux faire apparaître le caractère missionnaire de la liturgie. On peut citer celle que nous connaissons bien, « Allez dans la paix du Christ », mais encore « Allez porter l’Évangile du Seigneur » ou bien « Glorifiez le Seigneur par votre vie »
Ces formules développent de manière éloquente ce qui était contenu en germe dans Ite, missa est, à savoir que la liturgie conduit à la mission. Si la formule du rite ancien affirme que l’assemblée est bien renvoyée, la formule conciliaire que nous connaissons indique comment elle doit vivre ce retour dans le monde. La formule ancienne marque la transition liturgique alors que la nouvelle formule souligne la transformation spirituelle attendue de celles et ceux qui viennent de célébrer la résurrection du Seigneur, de se nourrir de Sa Parole et de Son Corps et Son Sang.
La paix reçue dans l’Eucharistie devient alors une manière d’habiter le monde : vivre réconciliés, témoigner du Christ, porter la charité et l’espérance hors de la communauté, à tous les frères et sœurs qui étaient absents et qui sont à l’extérieur.
Patrice Cavelier, diacre à Saint-Eustache
