Nous voulons la paix, mais comment ? La paix par la force ? Certains ne croient qu’en ce moyen, la paix qu’ils imposent est fausse, il s’agit en fait de violence et d’oppression déguisées. La paix par l’amour ? Proposée par Jésus ressuscité ? « La Paix soit avec vous » annonce-t-il à ses disciples, et il le répète plusieurs fois parce qu’ils ne comprennent pas de quoi il s’agit. Thomas l’un des Douze exprimera ce doute pour les autres, mais finira par y croire, c’est-à-dire à « croire » tout court.
Entre la « paix » violente des tyrans et la paix gratuite donnée par le Christ, y a-t-il une paix que nous puissions construire nous-mêmes, une paix qui soit notre œuvre ? Evidemment ! On ne peut pas être vraiment chrétien si l’on se désintéresse du monde et de ses turpitudes : cela passe par exemple par la solidarité qui dépasse les différences de statut, d’origine, de culture, de sexe et de sexualité, par la solidarité avec des communautés de pays pauvres ou détruits, de religions différentes. Cela nourrit notre prière, mais surtout notre action. Se dire chrétien et ne pas s’intéresser à ce qui se passe autour de nous et dans le monde, fait que petit à petit ce nom de « chrétien » se vide de sens, même si ceux qui s’en emparent grâce à leur fortune ou à leur influence médiatique, croient nous faire croire qu’ils sont de vrais croyants qui peuvent forger une société à leur goût, à leur désir et à leur image.
Notre « acte de foi » lui-même, c’est-à-dire croire aujourd’hui, est aussi culturel. On n’est pas un croyant conséquent si on reste les mains dans les poches, et le domaine de l’action, aussi nécessaire et vital qu’il soit, n’épuise pas entièrement ce qu’est notre foi. De même beaucoup agissent dans le monde sans avoir la foi, et heureusement nous sommes à leurs côtés. Mais pour nous, au cœur de l’action il y a l’Evangile : si nous croyons agir sous le souffle de l’Esprit, nous pouvons aussi le contempler en approfondissant, dans nos différents engagements, le sens de l’homme mis à l’œuvre. Nous pouvons analyser des types actions sociales et politiques au crible de nos valeurs, et la vision de l’homme qui en découle nourrit notre foi en l’Homme, et notre foi tout court. Cette démarche est à la fois spirituelle et culturelle car, en retour, notre foi contient une vision de l’homme que nous voudrions bien voir s’épanouir dans notre société…
L’acte de foi lui-même est spirituel mais aussi culturel : c’est une vision —une révélation— de notre place dans le monde, dans la création. Prendre le temps de nous y confronter peut nous faire bouger, et rendre notre foi beaucoup plus incarnée. « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
Père Jacques Mérienne, vicaire à Saint-Eustache
