Documents d'actualité

Lettre du Saint-Père au Peuple de Dieu

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26). Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants. Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

1. Si un membre souffre

Ces derniers jours est paru un rapport détaillant le vécu d’au moins mille personnes qui ont été victimes d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans. Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé, la douleur de nombre de ces victimes nous est parvenue au cours du temps et nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort, les blessures ne connaissent jamais de « prescription ». La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passé sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir. Le Cantique de Marie ne dit pas autre chose et comme un arrière-fond, continue à parcourir l’histoire parce que le Seigneur se souvient de la promesse faite à nos pères : « Il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1, 51-53) ; et nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame.

Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. Je fais miennes les paroles de l’alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi Saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force : « Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! […] La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri : Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8, 25) » (Neuvième Station).

2. Tous les membres souffrent avec lui

L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur (Cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.228). Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, « car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite : la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque "Satan lui-même se déguise en ange de lumière" (2Co 11,14) » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.165). L’appel de saint Paul à souffrir avec celui qui souffre est le meilleur remède contre toute volonté de continuer à reproduire entre nous les paroles de Caïn :     « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » (Gn 4,9).

Je suis conscient de l’effort et du travail réalisés en différentes parties du monde pour garantir et créer les médiations nécessaires pour apporter sécurité et protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, ainsi que de la mise en œuvre de la tolérance zéro et des façons de rendre compte de la part de tous ceux qui commettent ou dissimulent ces délits. Nous avons tardé dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir.

Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite la conversion personnelle et communautaire et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur. Ainsi saint Jean-Paul II se plaisait à dire : « Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-même s'identifier » (Lett. ap. Novo Millenio Ineunte, n.49). Apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur, à être là où le Seigneur désire que nous soyons, à convertir notre cœur en sa présence. Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur[1], pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du « jamais plus » à tout type et forme d’abus.

Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie[2]. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple »[3]. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.

Il est toujours bon de rappeler que le Seigneur, « dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.6). Ainsi, le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu. Cette conscience de nous sentir membre d’un peuple et d’une histoire commune nous permettra de reconnaitre nos péchés et nos erreurs du passé avec une ouverture pénitentielle susceptible de nous laisser renouveler de l’intérieur. Tout ce qui se fait pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés sans la participation active de tous les membres de l’Eglise ne réussira pas à créer les dynamiques nécessaires pour obtenir une saine et effective transformation. La dimension pénitentielle du jeûne et de la prière nous aidera en tant que peuple de Dieu à nous mettre face au Seigneur et face à nos frères blessés, comme des pécheurs implorant le pardon et la grâce de la honte et de la conversion, et ainsi à élaborer des actions qui produisent des dynamismes en syntonie avec l’Evangile. Car      « chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui » (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.11).

Il est essentiel que, comme Eglise, nous puissions reconnaitre et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaitre les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée.

En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience.

De cette façon, nous pourrons rendre transparente la vocation à laquelle nous avons été appelés d’être « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Conc. Oecum. Vat.II, Lumen Gentium, n.1).

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », nous disait saint Paul. Au moyen de la prière et de la pénitence, nous pourrons entrer en syntonie personnelle et communautaire avec cette exhortation afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie. Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il est nous bon «de donner plus de temps à la prière » (S. Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319), cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Eglise. Elle, la première disciple, montre à nous tous qui sommes disciples comment nous devons nous comporter face à la souffrance de l’innocent, sans fuir et sans pusillanimité. Contempler Marie c’est apprendre à découvrir où et comment le disciple du Christ doit se tenir.

Que l’Esprit Saint nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage.

Du Vatican, le 20 août 2018.

François

[1] « Mais cette sorte de démons ne se chasse que par la prière et par le jeûne » (Mt 17,21).

[2] Cf. Lettre au peuple de Dieu en marche au Chili, 31 mai 2018.

[3] Lettre au Cardinal Marc Ouellet, Président de la Commission Pontificale pour l’Amérique Latine, 19 mars 2016.

__________

© Copyright - Libreria Editrice Vaticana

Vous pouvez télécharger la lettre du pape François en cliquant ici

 


 

Message du Saint-Père pour la Journée des Pauvres

33ème Dimanche du Temps Ordinaire
18 novembre 2018

Un pauvre crie, le Seigneur entend

1. « Un pauvre crie ; le Seigneur entend. » (Ps 33, 7). Les paroles du psalmiste deviennent les nôtres lorsque nous rencontrons des situations de souffrance et de marginalisation, dans lesquelles vivent tant de frères et de sœurs que nous avons coutume de désigner par l’appellation générique de « pauvres ». Celui qui écrit ces mots n’est pas étranger à cette condition, bien au contraire. Il fait l’expérience directe de la pauvreté et la transforme cependant en un chant de louange et d’action de grâce au Seigneur. A nous qui sommes concernés par tant de formes de pauvretés, ce Psaume nous donne aujourd’hui de comprendre qui sont les véritables pauvres, vers qui nous sommes invités à tourner le regard pour entendre leur cri et reconnaître leurs besoins.

Il nous a d’abord été dit que le Seigneur entend les pauvres qui crient vers Lui, et qu’Il est bon avec ceux qui cherchent refuge en Lui, le cœur brisé par la tristesse, la solitude et l’exclusion. Il écoute ceux dont la dignité est bafouée, et qui ont cependant la force d’élever leur regard vers le haut pour recevoir lumière et réconfort. Il écoute ceux qui sont persécutés par une justice inique, opprimés par des politiques indignes de ce nom et dans la peur de la violence, tout en considérant Dieu comme leur Sauveur. Ce qui jaillit de cette prière est d’abord un sentiment d’abandon confiant en un Père qui écoute et accueille. C’est sur la même longueur d’onde que nous pouvons comprendre ce que Jésus a proclamé à travers cette béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 3).

C’est en raison de cette expérience unique, et par bien des aspects imméritée et impossible à exprimer entièrement, qu’on ressent le désir de la partager, et d’abord à ceux qui, comme le Psalmiste, sont pauvres, exclus et marginalisés. De fait, nul ne doit se considérer comme exclu de l’amour du Père, tout particulièrement dans un monde pour qui la richesse, est souvent élevée au rang d’objectif premier et enferme sur soi.

2. Le Psaume exprime l’attitude du pauvre et sa relation à Dieu avec trois verbes. D’abord « crier ». Le fait d’être pauvre ne peut se résumer en un seul mot : c’est un cri qui traverse les cieux et rejoint Dieu. Qu’exprime le cri du pauvre, sinon la souffrance et la solitude, sa déception et son espérance ? Nous pouvons nous demander : comment se fait-il que ce cri qui monte jusqu’à Dieu ne parvient pas à nos oreilles et nous laisse indifférents et impassibles ? Au cours d’une telle Journée, nous sommes appelés à un sérieux examen de conscience pour saisir si nous sommes réellement capables d’écouter les pauvres.

Pour reconnaître leur voix, nous avons besoin du silence de l’écoute. Plus nous parlons, plus nous aurons du mal à les entendre. J’ai souvent peur que beaucoup d’initiatives, cependant nécessaires et méritoires, servent davantage à nous satisfaire nous-mêmes qu’à entendre réellement le cri du pauvre. Dans cette situation, lorsque les pauvres font entendre leur cri, notre réaction manque de cohérence et est incapable de rejoindre réellement leur condition. Nous sommes à ce point prisonniers d’une culture qui nous fait nous regarder dans la glace et ne s’occuper que de soi, qu’on ne peut imaginer qu’un geste altruiste puisse suffire à satisfaire pleinement, sans se laisser compromettre directement.

3. « Répondre » est un deuxième verbe. Le Seigneur, dit le Psalmiste, non seulement entend le cri du pauvre, mais il répond. Sa réponse, ainsi que l’atteste toute l’histoire du salut, est un partage plein d’amour, de la condition du pauvre. Ce fut ainsi lorsqu’Abraham exprima à Dieu son désir d’une descendance, alors que lui et son épouse Sara, désormais âgés, n’avaient pas d’enfant (cf. Gn 15, 1-6). C’est ce qui s’est produit lorsque Moïse, à travers le feu du buisson ardent, a reçu la révélation du nom divin et la mission de faire sortir son peuple de l’Egypte (cf Ex 3, 1-15). Cette réponse fut confirmée tout au long de la marche du peuple à travers le désert : quand il ressentait la morsure de la faim et de la soif (cf. Ex 16, 1-16; 17, 1-7), et quand il tombait dans une misère pire encore, l’infidélité à l’alliance et l’idolâtrie (cf. Ex 32, 1-14).

La réponse de Dieu au pauvre est toujours une intervention de salut pour soigner les blessures de l’âme et du corps, pour rétablir la justice et pour aider à reprendre une vie digne. La réponse de Dieu est aussi un appel pour que quiconque croit en lui puisse faire de même dans les limites de la condition humaine. La Journée Mondiale des Pauvres se veut une modeste réponse de toute l’Eglise, dispersée de par le monde, adressée aux pauvres de toutes sortes et de tous lieux, afin que nul ne croit que son cri s’est perdu dans le vide. Il s’agit sans doute d’une goutte d’eau dans l’océan de la pauvreté. Elle peut être cependant comme un signe partagé par tous ceux qui sont dans le besoin, afin qu’ils ressentent la présence active d’un frère et d’une sœur.  On ne répond pas aux besoins des pauvres par procuration, mais en écoutant leur cri et en s’engageant personnellement. La sollicitude des croyants ne peut pas se résumer à une assistance - même si elle est nécessaire et providentielledans un premier temps - mais appelle cette « attention aimante » (Exhortation Apostolique Evangelii gaudium, 199) qui honore l’autre en tant que personne et recherche son bien.

4. « Libérer » est un troisième verbe. Le pauvre de la Bible vit dans la certitude que Dieu intervient en sa faveur pour lui redonner sa dignité. La pauvreté n’est pas recherchée mais elle est le fruit de l’égoïsme, de l’orgueil, de l’avidité et de l’injustice. Des maux aussi vieux que l’humanité, qui sont toujours des péchés qui blessent tant d’innocents, ont des conséquences sociales dramatiques. L’agir du Seigneur qui libère est une œuvre de salut à l’égard de ceux qui Lui manifestent leur tristesse et leur angoisse. La prison de la pauvreté est détruite par la puissance de l’intervention de Dieu. De nombreux Psaumes racontent et célèbrent l’histoire du salut qui trouve écho dans la vie personnelle du pauvre : « Il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte. » (Ps 21, 25). Pouvoir contempler le visage de Dieu est signe de son amitié, de sa proximité, de son salut. « Tu vois ma misère et tu sais ma détresse ; devant moi, tu as ouvert un passage. »  (Ps 30, 8-9). Ouvrir au pauvre “un passage”, c’est le libérer des “filets du chasseur” (cf. Ps 90, 3), lui éviter le piège tendu sous ses pas, pour qu’il puisse ainsi avancer d’un pas léger et voir la vie avec un regard serein. Le salut de Dieu prend la forme d’une main tendue vers le pauvre, une main qui accueille, protège, et donne de percevoir l’amitié dont on a besoin. C’est à partir de cette proximité concrète et tangible que peut être entrepris un authentique chemin de libération : « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres, de manière à ce qu’ils puissent s’intégrer pleinement dans la société ; ceci suppose que nous soyons dociles et attentifs à écouter le cri du pauvre et à le secourir. » (Exhortation Apostolique Evangelii gaudium, 187).

5. Je suis ému par le fait de savoir que beaucoup de pauvres se sont identifiés à Bartimée, dont parle l’évangéliste Marc (cf. 10, 46-52). Bartimée « un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. (v. 46), et ayant entendu Jésus passer « se mit à crier » et à invoquer le « Fils de David» pour qu’il ait pitié de lui (cf. v. 47). « Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle » (v. 48). Le Fils de Dieu entendit son cri : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Et l’aveugle lui répondit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » (v. 51). Ce passage d’évangile donne à voir ce que le Psaume annonçait comme une promesse. Bartimée est un pauvre privé de ses capacités fondamentales : voir et travailler. Combien de situations aujourd’hui encore produisent des états de précarité. Le manque des moyens de base de subsistance, la marginalisation quand on n’a plus la capacité de travailler normalement, les différentes formes d’esclavage social, malgré les avancées accomplies par l’humanité… Comme Bartimée, beaucoup de pauvres sont aujourd’hui au bord de la route et cherchent un sens à leur condition. Combien s’interrogent sur les raisons de leur descente dans un tel abîme, et sur la manière d’en sortir ! Ils attendent que quelqu’un s’approche d’eux et leur dise : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » (v. 49).

Au contraire, on constate pourtant souvent que les voix qui s’entendent sont celles des reproches et de l’invitation à se taire et à subir. Ce sont des voix qui sonnent faux, dictées souvent par la peur des pauvres, considérés non seulement comme indigents, mais aussi porteursd’insécurité, d’instabilité, de changement des habitudes, et qu’il faut pour cela repousser et tenir à distance. On tend à créer une distance entre eux et nous, sans se rendre compte qu’on s’éloigne ainsi du Seigneur Jésus, qui ne les repousse pas, mais les appelle à lui et les console. Comme elles résonnent de manière juste, ici, les paroles du prophète sur le mode de vie des croyants : « faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs […] partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement » (Is 58, 6-7). Cette façon d’agir fait que les péchés sont pardonnés (cf. 1 P 4, 8), que la justice poursuit son chemin et lorsque nous crierons vers le Seigneur, qu’Il nous réponde : Me voici ! (cf. Is 58, 9).

6. Les pauvres sont les premiers capables de reconnaître la présence de Dieu et de témoigner de sa proximité dans leur vie.  Dieu demeure fidèle à sa promesse, et jusque dans l’obscurité de la nuit, la chaleur de son amour et de sa consolation ne fait jamais défaut. Pour que les pauvres sortent de leur condition dégradante, il leur faut cependant percevoir la présence de frères et de sœurs qui se préoccupent d’eux, et ouvrant la porte de leur cœur et de leur vie, les considèrent comme des amis et des familiers.  Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons découvrir « la force salvifique de leurs existences » et « les mettre au centre du cheminement de l’Église » (Exhortation Apostolique Evangelii gaudium, 198).

En cette Journée Mondiale, nous sommes invités à donner corps aux paroles du Psaume : « Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés » (Ps 21, 27). Dans le Temple de Jérusalem, nous savons qu’après le rite du sacrifice, un banquet avait lieu. C’est une expérience que de nombreux diocèses ont faite l’année dernière, qui a enrichi la célébration de la première Journée Mondiale des Pauvres. Beaucoup ont trouvé la chaleur d’une maison, la joie d’un repas festif et la solidarité auprès de ceux qui ont voulu partager la table d’une façon simple et fraternelle. Je voudrais que cette année encore, et à l’avenir, cette Journée soit placée sous le signe de la joie et d’une capacité renouvelée à se retrouver. Prier ensemble en communauté et partager le repas du dimanche. C’est une expérience qui nous ramène à la première communauté chrétienne, dont l’évangéliste Luc décrivait l’originalité et la simplicité : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. […] Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 42.44-45).

7. On ne compte plus les initiatives que la communauté chrétienne prend quotidiennement pour manifester sa proximité et soulager tant de formes de pauvreté que nous avons sous les yeux. La collaboration avec d’autres instances, qui ne sont pas animées par la foi mais par la solidarité humaine, permet d’apporter une aide que nous ne pourrions pas réaliser seuls.  Dans ce monde immense de la pauvreté, reconnaître les limites, la faiblesse, et l’insuffisance de nos moyens, invite à une collaboration réciproque qui nous permet ainsi d’être davantage efficaces.  C’est la foi et l’impératif de la charité qui nous animent, mais nous savons reconnaître d’autres formes d’aide et de solidarité qui partagent en partie les mêmes objectifs, pourvu que nous ne mettions pas de côté ce qui nous est propre : conduire chacun à Dieu et à la sainteté. Le dialogue entre des expériences différentes ainsi que la collaboration que nous offrons avec humilité, hors de toute prétention, est la réponse ajustée et pleinement évangélique que nous pouvons donner.

Il ne s’agit pas de vouloir jouer les premiers rôles face aux pauvres, mais il nous faut reconnaître humblement que c’est l’Esprit qui suscite des gestes qui expriment la réponse et la proximité de Dieu. Lorsqu’il nous est donné de nous faire proche des pauvres, sachons reconnaître que c’est Lui, le premier, qui a ouvert nos yeux et notre cœur à la conversion. Les pauvres n’ont pas besoin de compétiteurs, mais d’un amour qui sache demeurer discret et oublier le bien accompli. Les véritables acteurs sont le Seigneur et les pauvres. Celui qui se met au service est l’instrument entre les mains de Dieu pour faire reconnaître sa présence et son salut. C’est ce que nous rappelle saint Paul lorsqu’il écrit aux chrétiens de Corinthe qui rivalisaient entre eux au sujet des charismes les plus grands : « L’œil ne peut pas dire à la main : “Je n’ai pas besoin de toi”; la tête ne peut pas dire aux pieds : “Je n’ai pas besoin de vous” (1 Co 12, 21). L’Apôtre fait une observation importante lorsqu’il remarque que les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires (cf v. 22) ; et que les parties du corps « qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. » (vv. 23-24). En livrant un enseignement fondamental sur les charismes, Paul apprend aussi à la communauté l’attitude évangélique à adopter à l’égard de ses membres les plus faibles et dans le besoin. Les disciples du Christ sont loin d’avoir à les mépriser ou à s’apitoyer sur eux. Ils sont bien au contraire appelés à les honorer, leur donner la première place, convaincus d’être réellement avec eux, en présence de Jésus. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».  (Mt 25, 40).

8. On comprend ainsi quelle distance il y a entre notre mode de vie et celui du monde qui fait la louange, suite et imite ceux qui ont le pouvoir et la richesse, et qui marginalise les pauvres, les considère comme des déchets qui font honte. Les mots de l’Apôtre nous invitent à donner toute sa plénitude évangélique à la solidarité à l’égard des membres les plus faibles et moins bien pourvus du Corps du Christ: « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. » (1 Co 12, 26). De la même manière, dans la Lettre aux Romains, il exhorte : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord les uns avec les autres ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble » (12,15-16).C’est la vocation du disciple du Christ, l’idéal vers lequel tendre constamment, pour adopter toujours plus en nous les « dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5).

9.  C’est une parole d’espérance que la foi nous indique comme épilogue naturel. Souvent les pauvres mettent en cause notre indifférence, fruit d’une vision de la vie trop immanente et liée au présent. Le cri du pauvre est aussi un cri d’espérance par lequel il manifeste la certitude d’être libéré. C’est l’espérance fondée sur l’amour de Dieu qui n’abandonne pas celui qui se confie en Lui (cf. Rm 8, 31-39). Sainte Thérèse d’Avila écrivait dans son Chemin de la perfection : « La pauvreté d'esprit est un bien qui renferme en soi tous les biens du monde. Elle confère une souveraineté suprême, car c'est être le souverain de tous les biens du monde que de les mépriser » (2, 5). C’est dans la mesure où nous sommes capables de discerner le bien véritable que nous devenons riches devant Dieu et sages devant nous-mêmes et les autres. C’est précisément dans la mesure où l’on parvient à donner à la richesse son sens véritable et juste que l’on grandit en humanité et que l’on devient capable de partager.

10. J’invite mes frères évêques, les prêtres et les diacres en particulier, à qui on a imposé les mains pour le service des pauvres, (cf. Ac 6, 1-7), avec les personnes consacrées et tant de laïcs qui donnent corps à la réponse de l’Eglise au cri des pauvres, dans les paroisses, les associations et les mouvements, à vivre cette Journée Mondiale comme un moment privilégié de nouvelle évangélisation. Les pauvres nous évangélisent, en nous aidant à découvrir chaque jour la beauté de l’Evangile. Ne passons pas à côté de cette occasion de grâce. En ce jour, considérons-nous tous comme leurs débiteurs afin qu’en nous tendant la main les uns et les autres, se réalise la rencontre de salut qui soutient la foi, rend effective la charité et donne l’espérance pour progresser avec sûreté sur le chemin où le Seigneur vient à notre rencontre.

Du Vatican, 13 juin 2018

Mémoire liturgique de saint Antoine de Padoue.

François

© Copyright - Libreria Editrice Vaticana

 

 


 

Synode pour l’Amazonie : le Document préparatoire
« D’une importance vitale pour la planète »

Ce 8 juin 2018, le Secrétariat général du Synode des évêques a publié le Document préparatoire (lineamenta) du Synode spécial des évêques qui se réunira en octobre 2019 sur le thème

« Amazonie : nouveaux chemins pour l’Église et pour l’écologie intégrale »

Le document, en trois parties – voir, juger/discerner, agir – souligne l’universalité de ce thème dont dépend la survie de la planète, et se conclut par un questionnaire pour consulter les chrétiens : https://fr.zenit.org/articles/synode-pour-lamazonie-le-document-preparatoire-texte-complet/

 


 

Messe de la Solennité de Pentecôte
Homélie du Pape François

Dimanche 20 mai 2018

Dans la première Lecture de la liturgie d’aujourd’hui, la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte est comparée à « un violent coup de vent » (Ac 2, 2). Que nous dit cette image ? Le coup de vent violent fait penser à une grande force, mais qui n’est pas une fin en soi : c’est une force qui change la réalité. Le vent, en effet, apporte du changement : des courants chauds quand il fait froid, des courants frais quand il fait chaud, la pluie quand il fait sec…Ainsi fait-il. L’Esprit Saint aussi, à un tout autre niveau, fait de même : il est la force divine qui change, qui change le monde. La Séquence nous l’a rappelé : l’Esprit est « dans le labeur, le repos, dans les pleurs, le réconfort » ; et nous le supplions ainsi : « Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé ». Il entre dans les situations et les transforme ; il change les cœurs et il change les événements.

Il change les cœurs. Jésus avait dit à ses Apôtres : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins » (Ac 1, 8). Et il en fut exactement ainsi : ces disciples, auparavant craintifs, confinés dans une chambre fermée même après la résurrection du Maître, sont transformés par l’Esprit et, comme Jésus l’annonce dans l’Évangile de ce jour, lui rendent témoignage (cf. Jn 15, 27). Titubants, ils sont devenus courageux et, en partant de Jérusalem, ils vont aux confins du monde. Craintifs quand Jésus était parmi eux, ils sont devenus audacieux sans lui, car l’Esprit a changé leurs cœurs.

L’Esprit libère les esprits paralysés par la peur. Il vainc les résistances. À celui qui se contente de demi-mesures, il donne des élans de don. Il dilate les cœurs étriqués. Il pousse au service celui qui se vautre dans le confort. Il fait marcher celui qui croit être arrivé. Il fait rêver celui qui est gagné par la tiédeur. Voilà le changement du cœur. Beaucoup promettent des saisons de changement, de nouveaux départs, de prodigieux renouvellements, mais l’expérience enseigne qu’aucune tentative terrestre de changer les choses ne satisfait pleinement le cœur de l’homme. Le changement de l’Esprit est différent : il ne révolutionne pas la vie autour de nous, mais il change notre cœur ; il ne nous libère pas d’un seul coup des problèmes, mais il nous libère intérieurement pour les affronter ; il ne nous donne pas tout immédiatement, mais il nous fait marcher avec confiance, sans jamais nous lasser de la vie. L’Esprit garde le cœur jeune –c’est lui qui en renouvelle la jeunesse. La jeunesse, malgré tous les efforts pour la prolonger, passe tôt ou tard ; c’est l’Esprit qui, au contraire, prémunit contre l’unique vieillissement malsain, le vieillissement intérieur. Comment procède-t-il ? En renouvelant le cœur, en le transformant de pécheur en pardonné. Voilà le grand changement : de coupables, il nous fait devenir des justes et ainsi tout change, car esclaves du péché nous devenons libres, serviteurs nous devenons des fils, marginalisés nous devenons des personnes importantes, déçus nous devenons des personnes remplies d’espérance. Ainsi, l’Esprit Saint fait renaître la joie, il fait ainsi fleurir la paix dans le cœur.

Aujourd’hui donc, nous apprenons ce qu’il faut faire quand nous avons besoin d’un vrai changement. Qui d’entre nous n’en a pas besoin ? Surtout quand nous sommes à terre, quand nous peinons sous le poids de la vie, quand nos faiblesses nous oppriment, quand aller de l’avant est difficile et aimer semble impossible. Alors, il nous faudrait un ‘‘fortifiant’’ efficace : c’est lui, la force de Dieu. C’est lui qui, comme nous le professons dans le ‘‘Credo’’, « donne la vie ». Comme il nous ferait du bien de prendre chaque jour ce fortifiant de vie ! Dire, au réveil : « Viens, Esprit Saint, viens dans mon cœur, viens dans ma journée ».

L’Esprit, après les cœurs, change les événements. Comme le vent souffle partout, de même il atteint également les situations les plus impensables. Dans les Actes des Apôtres – qui est un livre tout à découvrir, où l’Esprit est protagoniste – nous voyons un dynamisme continuel, riche de surprises. Quand les disciples ne s’y attendent pas, l’Esprit les envoie vers les païens. Il ouvre des chemins nouveaux, comme dans l’épisode du diacre Philippe. L’Esprit le pousse sur une route déserte, conduisant de Jérusalem à Gaza – comme ce nom sonne douloureusement aujourd’hui ! Que l’Esprit change les cœurs ainsi que les événements et apporte la paix en Terre sainte ! – Sur cette route, Philippe prêche au fonctionnaire éthiopien et le baptise ; ensuite l’Esprit le conduit à Ashdod, puis à Césarée : toujours dans de nouvelles situations, pour qu’il diffuse la nouveauté de Dieu. Il y a, en outre, Paul, qui « contraint par l’Esprit » (Ac 20, 22) voyage jusqu’aux confins lointains, en portant l’Évangile à des populations qu’il n’avait jamais vues. Quand il y a l’Esprit, il se passe toujours quelque chose, quand il souffle il n’y a pas d’accalmie, jamais !

Quand la vie de nos communautés traverse des périodes ‘‘d’essoufflement’’, où on préfère la quiétude de la maison à la nouveauté de Dieu, c’est un mauvais signe. Cela veut dire qu’on cherche un refuge contre le vent de l’Esprit. Quand on vit pour l’autoconservation et qu’on ne va pas vers ceux qui sont loin, ce n’est pas bon signe. L’Esprit souffle, mais nous baissons pavillon. Pourtant tant de fois nous l’avons vu faire des merveilles. Souvent, précisément dans les moments les plus obscurs, l’Esprit a suscité la sainteté la plus lumineuse ! Parce qu’il est l’âme de l’Églis, il la ranime toujours par l’espérance, la comble de joie, la féconde de nouveautés, lui donne des germes de vie. C’est comme quand, dans une famille, naît un enfant : il bouleverse les horaires, fait perdre le sommeil, mais il apporte une joie qui renouvelle la vie, en la faisant progresser, en la dilatant dans l’amour. Voilà, l’Esprit apporte une ‘‘saveur d’enfance’’ dans l’Église ! Il réalise des renaissances continuelles. Il ravive l’amour des débuts. L’Esprit rappelle à l’Église que, malgré ses siècles d’histoire, elle a toujours vingt ans, la jeune Épouse dont le Seigneur est éperdument amoureux. Ne nous lassons pas alors d’inviter l’Esprit dans nos milieux, de l’invoquer avant nos activités : « Viens, Esprit Saint ! ».

Il apportera sa force de changement, une force unique qui est, pour ainsi dire, en même temps centripète et centrifuge. Elle est centripète, c’est-à-dire qu’elle pousse vers le centre, car elle agit dans l’intime du cœur. Elle apporte l’unité dans ce qui est fragmentaire, la paix dans les afflictions, le courage dans les tentations. Paul le rappelle dans la Deuxième Lecture, en écrivant que le fruit de l’Esprit est joie, paix, fidélité, maîtrise de soi (cf. Ga 5, 22). L’Esprit donne l’intimité avec Dieu, la force intérieure pour aller de l’avant. Mais en même temps, il est une force centrifuge, c’est-à-dire qu’il pousse vers l’extérieur. Celui qui conduit vers le centre est le même qui envoie vers la périphérie, vers toute périphérie humaine ; celui qui nous révèle Dieu nous pousse vers nos frères. Il envoie, il fait de nous des témoins et pour cela il répand – écrit encore Paul - amour, bienveillance, bonté, douceur. Seulement dans l’Esprit Consolateur, nous disons des paroles de vie et encourageons vraiment les autres. Celui qui vit selon l’Esprit est dans cette tension spirituelle : il est tendu à la fois vers Dieu et vers le monde.

Demandons-lui d’être ainsi. Esprit Saint, vent impétueux de Dieu, souffle sur nous. Souffle dans nos cœurs et fais-nous respirer la tendresse du Père. Souffle sur l’Église et pousse-la vers les confins lointains afin que, guidée par toi, elle n’apporte rien d’autre que toi. Souffle sur le monde la tiédeur délicate de la paix et la fraicheur rénovatrice de l’espérance. Viens, Esprit Saint, change-nous intérieurement et renouvelle la face de la terre ! Amen.

 

© Copyright - Libreria Editrice Vaticana

 

 


 

Rapports du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé

Rapport sur le vieillissement

www.ccne-ethique.fr/fr/publications/rapport-sur-le-vieillissement

Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir.

www.ccne-ethique.fr/fr/publications/fin-de-vie-autonomie-de-la-personne-volonte-de-mourir

 


Message du pape François pour le Carême 2018

« À cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira »

(Évangile de Matthieu 24, 12)

Chers Frères et Sœurs,

La Pâque du Seigneur vient une fois encore jusqu’à nous ! Chaque année, pour nous y préparer, la Providence de Dieu nous offre le temps du Carême. Il est le « signe sacramentel de notre conversion »[1], qui annonce et nous offre la possibilité de revenir au Seigneur de tout notre cœur et par toute notre vie.

Cette année encore, à travers ce message, je souhaite inviter l’Église entière à vivre ce temps de grâce dans la joie et en vérité ; et je le fais en me laissant inspirer par une expression de Jésus dans l’Évangile de Matthieu : « À cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira » (Mt 24, 12). Cette phrase fait partie du discours sur la fin des temps prononcé à Jérusalem, au Mont des Oliviers, précisément là où commencera la Passion du Seigneur. Jésus, dans sa réponse à l’un de ses disciples, annonce une grande tribulation et il décrit la situation dans laquelle la communauté des croyants pourrait se retrouver : face à des évènements douloureux, certains faux prophètes tromperont beaucoup de personnes, presqu’au point d’éteindre dans les cœurs la charité qui est le centre de tout l’Évangile.

Les faux prophètes

Mettons-nous à l’écoute de ce passage et demandons-nous : sous quels traits ces faux prophètes se présentent-ils ?

Ils sont comme des « charmeurs de serpents », c’est-à-dire qu’ils utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et les mener à leur gré. Que d’enfants de Dieu se laissent séduire par l’attraction des plaisirs fugaces confondus avec le bonheur ! Combien d’hommes et de femmes vivent comme charmés par l’illusion de l’argent, qui en réalité les rend esclaves du profit ou d’intérêts mesquins ! Que de personnes vivent en pensant se suffire à elles-mêmes et tombent en proie à la solitude !

D’autres faux prophètes sont ces « charlatans » qui offrent des solutions simples et immédiates aux souffrances, des remèdes qui se révèlent cependant totalement inefficaces : à combien de jeunes a-t-on proposé le faux remède de la drogue, des relations « use et jette », des gains faciles mais malhonnêtes ! Combien d’autres encore se sont immergés dans une vie complètement virtuelle où les relations semblent plus faciles et plus rapides pour se révéler ensuite tragiquement privées de sens ! Ces escrocs, qui offrent des choses sans valeur, privent par contre de ce qui est le plus précieux : la dignité, la liberté et la capacité d’aimer. C’est la duperie de la vanité, qui nous conduit à faire le paon…. pour finir dans le ridicule ; et du ridicule, on ne se relève pas. Ce n’est pas étonnant : depuis toujours le démon, qui est « menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44), présente le mal comme bien, et le faux comme vrai, afin de troubler le cœur de l’homme. C’est pourquoi chacun de nous est appelé à discerner en son cœur et à examiner s’il est menacé par les mensonges de ces faux prophètes. Il faut apprendre à ne pas en rester à l’immédiat, à la superficialité, mais à reconnaître ce qui laisse en nous une trace bonne et plus durable, parce que venant de Dieu et servant vraiment à notre bien.

Un cœur froid

Dans sa description de l’enfer, Dante Alighieri imagine le diable assis sur un trône de glace[2] ; il habite dans la froidure de l’amour étouffé. Demandons-nous donc : comment la charité se refroidit-elle en nous ? Quels sont les signes qui nous avertissent que l’amour risque de s’éteindre en nous ?

Ce qui éteint la charité, c’est avant tout l’avidité de l’argent, « la racine de tous les maux » (1Tm 6, 10) ; elle est suivie du refus de Dieu, et donc du refus de trouver en lui notre consolation, préférant notre désolation au réconfort de sa Parole et de ses Sacrements.[3] Tout cela se transforme en violence à l’encontre de ceux qui sont considérés comme une menace à nos propres « certitudes » : l’enfant à naître, la personne âgée malade, l’hôte de passage, l’étranger, mais aussi le prochain qui ne correspond pas à nos attentes.

La création, elle aussi, devient un témoin silencieux de ce refroidissement de la charité : la terre est empoisonnée par les déchets jetés par négligence et par intérêt ; les mers, elles aussi polluées, doivent malheureusement engloutir les restes de nombreux naufragés des migrations forcées ; les cieux – qui dans le dessein de Dieu chantent sa gloire – sont sillonnés par des machines qui font pleuvoir des instruments de mort.

L’amour se refroidit également dans nos communautés. Dans l’Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, j’ai tenté de donner une description des signes les plus évidents de ce manque d’amour. Les voici : l’acédie égoïste, le pessimisme stérile, la tentation de l’isolement et de l’engagement dans des guerres fratricides sans fin, la mentalité mondaine qui conduit à ne rechercher que les apparences, réduisant ainsi l’ardeur missionnaire.[4]

Que faire ?

Si nous constatons en nous-mêmes ou autour de nous les signes que nous venons de décrire, c’est que l’Église, notre mère et notre éducatrice, nous offre pendant ce temps du Carême, avec le remède parfois amer de la vérité, le doux remède de la prière, de l’aumône et du jeûne.

En consacrant plus de temps à la prière, nous permettons à notre cœur de découvrir les mensonges secrets par lesquels nous nous trompons nous-mêmes[5], afin de rechercher enfin la consolation en Dieu. Il est notre Père et il veut nous donner la vie.

La pratique de l’aumône libère de l’avidité et aide à découvrir que l’autre est mon frère : ce que je possède n’est jamais seulement mien. Comme je voudrais que l’aumône puisse devenir pour tous un style de vie authentique ! Comme je voudrais que nous suivions comme chrétiens l’exemple des Apôtres, et reconnaissions dans la possibilité du partage de nos biens avec les autres un témoignage concret de la communion que nous vivons dans l’Église. A cet égard, je fais mienne l’exhortation de Saint Paul quand il s’adressait aux Corinthiens pour la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem : « C’est ce qui vous est utile, à vous » (2 Co 8, 10). Ceci vaut spécialement pour le temps de carême, au cours duquel de nombreux organismes font des collectes en faveur des Églises et des populations en difficulté. Mais comme j’aimerais que dans nos relations quotidiennes aussi, devant tout frère qui nous demande une aide, nous découvrions qu’il y a là un appel de la Providence divine : chaque aumône est une occasion pour collaborer avec la Providence de Dieu envers ses enfants ; s’il se sert de moi aujourd’hui pour venir en aide à un frère, comment demain ne pourvoirait-il pas également à mes nécessités, lui qui ne se laisse pas vaincre en générosité ? [6]

Le jeûne enfin réduit la force de notre violence, il nous désarme et devient une grande occasion de croissance. D’une part, il nous permet d’expérimenter ce qu’éprouvent tous ceux qui manquent même du strict nécessaire et connaissent les affres quotidiennes de la faim ; d’autre part, il représente la condition de notre âme, affamée de bonté et assoiffée de la vie de Dieu. Le jeûne nous réveille, nous rend plus attentifs à Dieu et au prochain, il réveille la volonté d’obéir à Dieu, qui seul rassasie notre faim.

Je voudrais que ma voix parvienne au-delà des confins de l’Église catholique, et vous rejoigne tous, hommes et femmes de bonne volonté, ouverts à l’écoute de Dieu. Si vous êtes, comme nous, affligés par la propagation de l’iniquité dans le monde, si vous êtes préoccupés par le froid qui paralyse les cœurs et les actions, si vous constatez la diminution du sens d’humanité commune, unissez-vous à nous pour qu’ensemble nous invoquions Dieu, pour qu’ensemble nous jeûnions et qu’avec nous vous donniez ce que vous pouvez pour aider nos frères !

Le feu de Pâques

J’invite tout particulièrement les membres de l’Église à entreprendre avec zèle ce chemin du carême, soutenus par l’aumône, le jeûne et la prière. S’il nous semble parfois que la charité s’éteint dans de nombreux cœurs, cela ne peut arriver dans le cœur de Dieu ! Il nous offre toujours de nouvelles occasions pour que nous puissions recommencer à aimer.

L’initiative des « 24 heures pour le Seigneur », qui nous invite à célébrer le sacrement de Réconciliation pendant l’adoration eucharistique, sera également cette année encore une occasion propice. En 2018, elle se déroulera les vendredi 9 et samedi 10 mars, s’inspirant des paroles du Psaume 130 : « Près de toi se trouve le pardon » (Ps 130, 4). Dans tous les diocèses, il y aura au moins une église ouverte pendant 24 heures qui offrira la possibilité de l’adoration eucharistique et de la confession sacramentelle.[7]

Au cours de la nuit de Pâques, nous vivrons à nouveau le rite suggestif du cierge pascal : irradiant du « feu nouveau », la lumière chassera peu à peu les ténèbres et illuminera l’assemblée liturgique. « Que la lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire, dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit »[8] afin que tous nous puissions revivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : écouter la parole du Seigneur et nous nourrir du Pain eucharistique permettra à notre cœur de redevenir brûlant de foi, d’espérance et de charité.

Je vous bénis de tout cœur et je prie pour vous. N’oubliez pas de prier pour moi.

Du Vatican, le 1er novembre 2017

Solennité de la Toussaint

François

[1] Texte original en italien : “segno sacramentale della nostra conversione”, in : Messale Romano, Oraison Collecte du 1er dimanche de carême. N.B. Cette phrase n’a pas encore été traduite dans la révision (3ème), qui est en cours, du Missel romain en français.

[2] « C’est là que l’empereur du douloureux royaume/de la moitié du corps se dresse hors des glaces » (Enfer XXXIV, 28-29)

[3] « C’est curieux, mais souvent nous avons peur de la consolation, d'être consolés. Au contraire, nous nous sentons plus en sécurité dans la tristesse et dans la désolation. Vous savez pourquoi ? Parce que dans la tristesse nous nous sentons presque protagonistes. Mais en revanche, dans la consolation, c’est l’Esprit Saint le protagoniste ! » (Angelus, 7 décembre 2014)

[4] Nn. 76-109

[5] Cf Benoît XVI , Lett. Enc. Spe Salvi, n. 33

[6] Cf Pie XII, Lett. Enc. Fidei donum, III

[7] A Saint-Eustache, le vendredi 23 mars 2018 à 20 heures : Veillée de prière et de réconciliation, avec la confession sacramentelle, en lien avec la Communauté de Taizé.

 

[8] Missel romain, Veillée pascale, Lucernaire

 


 

La « Semaine de prière pour l'unité » rassemble les chrétiens

du 18 au 25 janvier

Prières de la semaine pour l’unité des Chrétiens

 


Prédication de Sœur Véronique Margron le dimanche 14 janvier 2018

Paroisse Saint-Eustache, Paris

Jean 1, 35-42

Jean-Baptiste prêche aux abords du Jourdain, et ce jour-là il est accompagné de deux de ses disciples, André, et un autre, dont nous ne saurons pas le nom, nous peut-être. Voyant Jésus, Jean-Baptiste dit à ses disciples : « Voici l’Agneau de Dieu » et il n’en faut pas plus pour que ces deux-là quittent leur maître pour suivre Jésus. Je ne sais si quiconque parmi nous se lèverait ainsi pour suivre un homme qui nous raconterait qu’il est l’agneau de Dieu !

Mais pour eux, qui connaissaient bien l’Ancien Testament, l’expression « agneau de Dieu » pouvait évoquer quatre images.

Tout d’abord l’agneau pascal : le rite de la Pâque qui chaque année rappelait au peuple que Dieu l’avait libéré du pays de l’esclavage, de la servitude. Le Dieu qui vient, en Jésus est donc un Dieu qui libère de ce qui nous fait mourir, nous entraîne vers la désolation.

Ensuite, « l’agneau » renvoie au Messie dont parle le prophète Isaïe « Brutalisé, il s’humilie ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir. » (Is 53, 7). Ainsi le Serviteur de Dieu, l’envoyé, subira la persécution et la mort. Mais ensuite il sera reconnu comme le sauveur de toute l’humanité : « mon serviteur triomphera, il sera élevé. » (Is 52, 13)

L’agneau, encore, faisait penser à Isaac, ce fils tendrement aimé d’Abraham et que pourtant il s’apprêtait à sacrifier, à tuer, croyant que son Dieu exigeait la mort de son fils unique en sacrifice, comme bien d’autres religions le demandaient à l’époque. Mais voilà, ce Dieu-là ne veut à aucun prix voir couler le sang de ses enfants. Aussi avait-il arrêté la main du père : « ne porte pas la main sur l’enfant ». Notre Dieu veut que l’humain vive. Toujours.

Et enfin, en entendant Jean-Baptiste parler d’un agneau, les disciples ont pu penser à Moïse ; car nombre de commentaires juifs de l’Exode comparaient Moïse à un agneau : ils imaginaient une balance : sur l’un des deux plateaux, il y avait toutes les forces de l’Égypte rassemblées : Pharaon, ses chars, ses armées, ses chevaux, ses cavaliers. Sur l’autre plateau, Moïse représenté sous la forme d’un petit agneau. Face à la puissance des Pharaons et des armées, c’étaient la faiblesse et l’innocence qui l’avaient emporté.

Ainsi donc voilà deux hommes qui quittent tout pour suivre un homme qui récapitule en sa chair que notre Dieu libère de ce qui nous détruit, qu’alors même qu’il sera poursuivi, mis à mort et exécuté, c’est pourtant lui et son amour qui vaincront. Un homme dont la vie est le témoin vivant qu’il hait toute violence, toute injustice, que son désir le plus ardent est que l’homme soit un authentiquement et pleinement un vivant. Et que là où les puissances du mal se déchaînent, en ce monde comme à nos

portes, les puissances du mépris, de la volonté d’anéantir la dignité humaine, c'est ce qui nous apparaît faible qui vaincra. Ce qui nous apparaît faible, autrement dit ce que nous sommes, chacun. Oui nous pourrions nous décourager bien souvent devant un monde si brutal ; la réponse du Christ n’est rien d’autre que l’engagement en chair et os, fragile et opiniâtre, de chacune et chacun de nous. De nos humanités embarquées dans la même barque, où le Christ se tient à nos côtés.

Jésus demande alors à ces deux hommes ce qu’ils cherchent. Il ne demande pas qui cherchez-vous, mais que cherchez-vous ?

Autrement dit au fond de votre cœur, que cherchez-vous ? Quel sens désirez-vous donner à vos jours ? quel trésor imprenable, inviolable, cherchez-vous ? Et nous ? Que cherchons-nous vraiment ? Du sein de nos vies ordinaires. La puissance ? la reconnaissance à tout prix ? L’apparence des notabilités ? Le succès tel que le monde l’entend ? Peut-être. Et qui ne le comprendrait. Mais plus au fond, plus au cœur de l’âme, que cherchons-nous ? Que cherchons-nous qui soit libération de ce qui nous entrave, qui soit du côté de ce qui nous fait battre le cœur à chacun et vivre ensemble, dans la dignité honorée de tous, à commencer par les plus vulnérables parmi nous. Que cherchons-nous qui nous fasse aimer ce monde et les humains de ce temps. Et d’abord ceux qui se pensent indignes de notre respect et de notre reconnaissance.

La réponse de disciples est étrange puisqu’elle est elle-même une question : Maître où demeures-tu ?

Ces hommes ont pressenti quelque chose. La réponse à ce que nous cherchons, c’est d’aller et voir, c’est de se mettre en route, de s’éloigner de certitudes trop rapides et de conforts qui peuvent étouffer et nous plonger en léthargie. Partir vers une promesse sans assurance. Devenir un pèlerin de l’existence. Venez, oui. Venez voir et faites-vous votre jugement, librement, sans contrainte. Venez, comme une amoureuse invitation.

Et voyez. Voyez où je vis, où je demeure. L’identité du Christ c’est là où il demeure. Là où il n’a pas de pierre où se reposer, comme tant et tant d’humains, tragiquement, en cette journée de tous les déplacés du monde, plus de 35 millions selon le HCR. Comme certains parmi nous ici même, condamnés à aller de campement en campement, de centre d’hébergement en refuge précaire. Là où demeure Jésus c’est le cœur de son Dieu, le cœur du Père. Là où il trouve son vrai repos. Là où il puise ses forces pour marcher, guérir, sauver, et annoncer que la Bonne Nouvelle de l’infinie proximité de Dieu est pour chacun et pour tous, quoiqu’il ait fait, quoiqu’il ait vécu. Sa demeure, la nôtre à chacun, quelle que soit notre situation, c’est enfin de compte celle-ci. Habiter en sa tendresse et croire de toutes nos forces qu’elle nous sauve, y compris quand les nuits sont noires. Alors demeurons ensemble dans le creux de Dieu, et par notre amitié et notre engagement en leur faveur, ouvrons-le à ceux qui s’en croient exclus.

Véronique Margron op.


« Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés »

Message du Pape François pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2018

[14 janvier 2018]

[pages 7879654/52415704]

Téléchargez le texte


Migrants : trouver une réponse commune

Publié le 10 janvier 2018

Source : Église Catholique en France

Pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié (JMMR), Monseigneur Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France ; Monseigneur Georges Colomb, Évêque de La Rochelle et Saintes, membre de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Église au titre de la pastorale des migrants et Monseigneur Denis Jachiet, Évêque auxiliaire de Paris, membre de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Église au titre de la pastorale des migrants ont publié une tribune intitulée :  » Migrants : trouver une réponse commune ».

Au cours de la dernière année, le Pape François, qui a fait de la question migratoire un marqueur fort de son pontificat, s’est exprimé à de nombreuses reprises à ce sujet en développant une approche nouvelle articulée autour des verbes : « accueillir, protéger, promouvoir, intégrer ». A la veille de la journée mondiale du migrant et du réfugié, nous, évêques de France, souhaitons indiquer les actions qui, dans le contexte français et pour chacun des quatre verbes, nous paraissent être prioritaires. Parmi elles, certaines pourront nourrir un plaidoyer préalable aux négociations des pactes mondiaux de 2018.

Accueillir

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » Les milliers de morts, parmi les déplacés contraints d’entreprendre des voyages périlleux pour atteindre l’Europe afin d’y demander la protection à laquelle ils aspirent, est un scandale auquel personne ne peut se résigner. Les personnes contraintes de fuir leur pays ont le droit de requérir une protection sans qu’il leur faille pour cela ajouter aux risques initiaux ceux d’un parcours incertain. Le leur permettre est pour notre société un impératif, tant légal que civilisationnel.

A la suite du Pape François, nous pensons que les voies d’accès légales permettant aux personnes menacées de se rendre en France pour y demander l’asile doivent être élargies. Nous demandons ainsi à l’État de développer ces voies d’accès en France – notamment via l’octroi plus important de visas humanitaires et l’élargissement des programmes de réinstallation -, et de les promouvoir au niveau européen et international, notamment lors des négociations des pactes mondiaux de 2018.

A sa mesure, et avec d’autres, l’Eglise s’engage déjà sur ce chemin. En mars dernier, la conférence des évêques de France, en partenariat avec le Secours catholique, la Fédération protestante de France, la Fédération d’Entraide Protestante et la communauté de Sant’Egidio, signait avec l’Etat un protocole portant sur la mise en place de « couloirs humanitaires », permettant à 500 personnes parmi les plus vulnérables actuellement réfugiées au Liban, de venir en France pour y demander l’asile. S’il demeure modeste, ce programme n’en est pas moins précieux, notamment par son caractère modélisant.

Nous entendons la crainte sécuritaire que beaucoup expriment devant la situation migratoire actuelle ; nous en sommes convaincus, cette situation se révèle d’autant plus anxiogène que l’arrivée des personnes semble parfois trop peu organisée. Dans ce contexte, la mise en place de voies d’accès légales et sûres apparaît d’autant plus souhaitable qu’elle permet précisément d’organiser l’accueil et, ce faisant, de concilier la sécurité de nos concitoyens et celle de personnes en quête de protection.

Ne nous leurrons pas cependant : le développement de voies légales ne tarira pas l’arrivée spontanée d’exilés vers la France et plus largement vers l’Europe ! Les chemins qu’ils prennent et prendront seront encore dangereux et éprouvants, et leur besoin d’accueil et de protection nous obligeront, demain comme aujourd’hui. Dans ce contexte, l’existence de voies d’accès légales et sûres ne doit en aucun cas être utilisée comme prétexte pour renvoyer ces exilés vers les pays de transit qu’ils ont traversés. A cet égard les projets européens visant à donner corps à la notion de pays tiers sûrs nous préoccupent.

Il n’y a pas d’accueil véritable sans accompagnement du chemin d’intégration. A la suite du Pape François, nous pensons ainsi que les dispositifs publics d’accueil des réfugiés peuvent être complétés par le développement de programmes de parrainage par des collectifs citoyens. Par leur caractère diffus, de tels programmes offrent aux nouveaux arrivants la possibilité d’une réelle intégration sociale, laquelle fait souvent défaut dans les dispositifs d’accueil où les arrivants sont regroupés entre eux.

Outre le bénéfice pour les personnes accueillies elles-mêmes, ces programmes, partout où ils sont mis en œuvre, génèrent du dynamisme et se révèlent créateurs de liens. Les chrétiens engagés au sein de collectifs d’accueil, avec leur paroisse, dans le cadre du projet des couloirs humanitaires, avec le service jésuite des réfugiés ou encore avec l’Ordre de Malte par exemple, en témoignent : des acteurs aux sensibilités éloignées collaborent, des territoires se dynamisent, des cœurs se convertissent, etc.

Nous saluons l’engagement de tous les citoyens, chrétiens ou non, qui s’investissent au sein de tels collectifs. Tout en rappelant à l’Etat ses obligations en matière d’accueil, nous demandons aux chrétiens d’accroître leur engagement en ce sens et, au-delà du soutien administratif, de l’enseignement du français ou encore de l’insertion professionnelle, nous les invitons à se positionner plus spécifiquement sur le créneau de la convivialité afin de donner corps à la valeur de la fraternité.

Protéger

L’élaboration et la mise en œuvre d’un nouveau cadre législatif ne doivent en aucun cas conduire à aggraver le cas de nombreux migrants déjà présents sur notre territoire et se trouvant pour certains en situation de très grande vulnérabilité. Conformément à l’enseignement de l’Église, nous rappelons avec force que chaque personne, quel que soit son statut légal et le sort réservé in fine à sa présence dans notre pays, doit être traitée d’une manière qui, en toutes circonstances, respecte sa dignité.

Parmi les personnes les plus vulnérables, nous tenons à exprimer ici une préoccupation particulière pour la situation des jeunes migrants, et plus spécifiquement pour celle des mineurs non accompagnés dont le nombre, dans notre pays, ne cesse de croître. De diocèses toujours plus nombreux nous parviennent des cris d’alarme quant à la situation de ces jeunes, laissés le plus souvent sans protection, et, pour certains, renvoyés à la frontière, au mépris de leurs droits les plus élémentaires.

La situation dans les territoires frontaliers apparait ainsi particulièrement préoccupante. Dans le Briançonnais mais aussi dans la vallée de la Roya dans les Alpes maritimes, le nombre de mineurs tentant d’entrer en France – parfois au prix de grands périls lorsqu’il leur faut traverser la montagne par leurs propres moyens – augmente de façon significative depuis maintenant deux ans. Parmi eux, trop sont interceptés et renvoyés en Italie, sans qu’il leur soit possible de faire respecter leurs droits.

De nombreux citoyens, parmi lesquels des chrétiens, s’engagent individuellement ou collectivement pour aider ces jeunes à obtenir la protection à laquelle ils aspirent et à laquelle ils ont droit. Nous saluons cette mobilisation et l’encourageons. Comme toutes celles qui se mettent spontanément en place lorsque les plus fragiles sont menacés, celle-ci manifeste que nos concitoyens sont capables d’un sursaut lorsque le plus sacré est atteint. Cet exemple doit inciter l’État à assumer ses responsabilités.

Un mineur non accompagné est un mineur en danger ! Ceci est, en définitive, la seule considération à prendre en compte. Animés par cette conviction, nous rappelons aux responsables politiques que les situations de vulnérabilité des mineurs non accompagnés doivent être traitées en accord avec la convention internationale des Droits de l’Enfant et nous les invitons à agir pour que soit effectivement garantie à ces mineurs en danger la même protection que tout autre enfant privé de son milieu familial.

Enfin nous ne pouvons évoquer le cas des mineurs non accompagnés sans évoquer le moment crucial du passage à la majorité qui, dans les faits, constitue souvent pour ces jeunes une période de grande fragilisation. Pour éviter que tout ce qui a été construit soit alors remis en cause, nous pensons que des mesures légales visant à pérenniser leur droit au séjour et à favoriser leur intégration devraient être prononcées. Notre pays a le devoir d’accompagner, sur le long terme, la construction de leur futur.

Promouvoir

Le Pape François nous invite à promouvoir le développement humain intégral des migrants. Cet appel qui s’enracine dans la tradition de l’Église est fondé sur la conviction profonde que «tous peuvent apporter une contribution à l’ensemble de la société, tous ont une particularité qui peut servir pour vivre ensemble, personne n’est exclu en vue d’apporter quelque chose pour le bien de tous (1) ». Cette contribution n’est pas seulement un droit mais aussi un devoir à l’égard de soi-même et de la société.

Nous en sommes convaincus, migrants ou non, l’exercice de ce droit et de ce devoir passe en premier lieu et de façon privilégiée par l’accès au travail. Outre qu’il permet à chacun de subvenir à ses besoins, le travail constitue en effet une dimension fondamentale de l’existence humaine, par laquelle la vie de l’homme est construite chaque jour et où elle puise sa propre dignité spécifique. Par le travail, l’homme se réalise en tant que personne et trouve sa place dans une véritable communauté humaine.

Dans les permanences d’accueil de nos diocèses, de nos associations, nous entendons le désir exprimé par beaucoup de personnes de contribuer à la vie de la société et la frustration, parfois la souffrance, que celles-ci ressentent lorsqu’elles ne peuvent le faire par leur travail. Ceci est particulièrement vrai de nombreux migrants, notamment ceux se trouvant en phase de demande d’asile auxquels la loi ne permet pas de travailler avant le dixième mois. Nous souhaitons ici nous en faire les porte-voix.

Certains trouvent dans nos mouvements ou nos associations des occasions d’engagement bénévole. Nous nous en réjouissons et saluons les structures qui rendent cela possible. De tels engagements contribuent en effet efficacement au développement des personnes, leur permettant de sortir du rôle de bénéficiaires auquel elles sont de fait trop souvent cantonnées pour (re)devenir contributrices. Ceci étant, une action résolue de l’État en faveur de l’insertion professionnelle demeure indispensable.

Nous demandons ainsi aux responsables politiques d’accorder aux personnes, ce dès les premiers mois de la phase de demande d’asile, la possibilité de travailler. De la même manière, l’accès aux études et à la formation professionnelle doit être effectivement ouvert aux personnes se trouvant en cours de procédure. Plus généralement, la reconnaissance des compétences des migrants doit être promue et, si cela s’avère nécessaire, des éléments de remise à niveau doivent pouvoir leur être proposés.

Nous en sommes conscients, l’absence d’une maîtrise suffisante de la langue constitue souvent un frein à l’intégration sociale et professionnelle. Nous demandons ainsi aux responsables politiques de reconstruire un dispositif global pour permettre un accès immédiat à l’apprentissage du français. Celui-ci devrait reposer sur des professionnels qualifiés, dans le cadre d’un dispositif public financé, associant les acteurs volontaires de la société civile. Nous encourageons les chrétiens à s’engager en ce sens.

Enfin, comment devenir membre actif d’une société, capable d’y apporter sa contribution, si ses valeurs, son patrimoine, ses codes nous demeurent étrangers ? Aujourd’hui, de nombreux chrétiens s’engagent concrètement pour permettre aux nouveaux arrivants d’accéder à une meilleure compréhension de notre société. Nous saluons ces initiatives et, convaincus qu’il y a là une vraie façon d’ouvrir notre porte à nos frères et sœurs migrants, nous encourageons leur développement.

Intégrer

L’intégration est un processus long et complexe qui ne peut se réaliser pleinement que dans un climat positif à l’égard des migrants et de ceux qui les y accompagnent. Aussi, et sans minimiser les difficultés, nous semble-t-il essentiel de promouvoir une présentation positive des migrants et de la solidarité à leur égard. A la suite du Pape, qui nous invite à regarder les uns et les autres avec un regard rempli de confiance (2), nous invitons tous nos concitoyens et en particulier les chrétiens à convertir leur regard.

La présentation positive des migrants passe par la mise en valeur des éléments de leur patrimoine culturel et spirituel susceptible d’enrichir la communauté nationale ainsi que par la mise en lumière de leur désir de contribuer concrètement à la vie de la société toute entière. Elle passe aussi, et peut être en premier lieu, par un discours honnête sur les motivations qui ont poussé ces personnes à rejoindre notre pays, motivations que l’on réduit trop souvent de manière orientée au seul critère économique.

En mettant en lumière ces motivations, on réalisera que beaucoup ont été guidés sur le chemin de l’exil par l’espoir de trouver la paix, le désir de déployer pleinement leur humanité, d’exprimer leurs talents, de vivre librement leur foi, etc. Dans ces motivations, chacun pourra reconnaître les aspirations d’hommes et de femmes de bonne volonté. Ceux disposés à le voir sauront aussi y déceler, en creux, une bénédiction sur un pays aux nombreux atouts mais trop souvent enclin à douter de lui-même.

Cette bénédiction, nous, chrétiens, l’expérimentons concrètement dans nos communautés paroissiales, lesquelles, pour beaucoup, trouvent dans la présence des migrants un nouveau souffle. Nous encourageons les chrétiens à témoigner de cette richesse et à s’engager pour la promotion d’une authentique culture de la rencontre, notamment par l’organisation de rencontres entre migrants et autochtones, à l’occasion desquelles les uns et les autres pourront échanger en vérité et dans la paix.

Parallèlement à cette présentation positive des migrants, il nous semble essentiel de promouvoir une présentation positive de ceux qui, à leur égard, font preuve de solidarité. Trop souvent en effet, ces derniers se retrouvent, au nom même de leur engagement, objets d’hostilité. A cet égard, nous sommes vivement préoccupés par les poursuites pénales dont certains font l’objet, et nous invitons les responsables politiques à tout mettre en œuvre pour faire cesser cette pénalisation de la solidarité.

Pour présenter de façon positive la solidarité à l’égard des migrants, encore faut-il savoir se rendre attentifs à « la créativité, la ténacité et l’esprit de sacrifice d’innombrables personnes, familles et communautés qui ouvrent leur porte et leur cœur à des migrants et à des réfugiés, même là où les ressources sont loin d’être abondantes (3)». Or, notre regard ne se focalise-t-il pas, trop souvent encore, sur les manques, oubliant de voir les fruits d’humanité qui, autour de nous, croissent et se déploient ?

Nous invitons ici les chrétiens à cultiver une attention particulière aux actions positives mises en œuvre en faveur des migrants et à s’efforcer de les faire connaître autour d’eux afin de devenir, au sein de notre société, les promoteurs de ce regard de confiance. Qu’ils en soient convaincus, ils permettront ainsi au bien de fructifier et, en évitant, par une focalisation excessive, d’enfermer les plus réticents dans leur repli, ils contribueront à l’avènement d’une société réellement plus inclusive et fraternelle.

Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer : comme le souligne le Pape François, « conjuguer ces quatre verbes à la première personne du singulier et à la première personne du pluriel constitue un devoir de justice, de civilisation et de solidarité (4) ». Nous lançons ici un appel solennel aux chrétiens et à tous les hommes et les femmes de bonne volonté pour qu’au sein de leur paroisse, d’un collectif, d’un mouvement ou d’une association, ceux qui le peuvent, s’engagent sur l’une ou l’autre de ces priorités.

Mgr Georges Pontier
Archevêque de Marseille et Président de la CEF

Mgr Georges Colomb
Évêque de La Rochelle et Saintes, membre de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Église au titre de la pastorale des migrants

Mgr Denis Jachiet
Évêque auxiliaire de Paris, membre de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Église au titre de la pastorale des migrants

1) Discours du Pape François aux participants au congrès organisé à l’occasion du 50ème anniversaire de l’encyclique Populorum Progressio
2) Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2018
3) Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2018
4) Discours du Pape François aux participants au forum international « migrations et paix » le 21 février 2017


Interview du cardinal André Vingt-Trois paru samedi 11 novembre 2017, dans Le Figaro.

Monseigneur Vingt-Trois : « Les chrétiens doivent empêcher le monde de dormir »

EXCLUSIF - Dans un entretien au Figaro, l’archevêque de Paris, qui a remis cette semaine sa démission au Pape, fait le bilan de son action.

À 75 ans, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris depuis 2005, vient de remettre, conformément au droit de l’Église, sa lettre de démission au Pape. Affaibli depuis qu’il a été frappé au printemps 2017 par un syndrome de Guillain-Barré, il attend désormais la nomination de son successeur. Une annonce dont la date n’est pas encore connue. Pour Le Figaro, le cardinal tire le bilan de son action.

LE FIGARO. - Avez-vous évoqué la question de votre succession avec le Pape ?

Mgr André VINGT-TROIS. - Je suis allé spécialement le rencontrer en septembre dernier pour qu’il voie - de ses yeux - que je n’étais pas capable de durer indéfiniment comme archevêque de Paris. Et pour qu’il réalise qu’il était urgent, pour le bien du diocèse, qu’il y ait un nouvel archevêque. Mais le Pape décidera de ce changement quand il voudra.

Cela ne doit pas être évident d’écrire sa lettre de démission au Pape, le jour de ses 75 ans, après un demi-siècle au service de l’Église, puisque vous êtes entré au séminaire en 1962 ?

J’ai rédigé cette lettre sans difficulté et sans regret. C’est un grand progrès du concile Vatican II que de permettre aux évêques de se retirer et de ne pas mourir en poste avec les inconvénients d’une fin de vie dégradée.

Vous sentez-vous libéré d’un poids ?

Pour sentir une libération, il aurait fallu que je me sente prisonnier ! L’engagement de ma vie, ce n’est pas d’être archevêque de Paris mais de me mettre à la suite du Christ… Je vais juste être libéré de beaucoup de tâches liées à cette fonction, mais je continuerai à être disciple du Christ. Cette responsabilité d’archevêque de Paris est évidemment importante. Mais que cela soit moi ou un quelqu’un d’autre qui l’exerce, cela ne change pas grand-chose à la charge. Je n’ai jamais imaginé que je donnais par moi-même un sens à la responsabilité, c’est la responsabilité qui me donnait un sens.

Pourquoi insistez-vous tant sur votre fonction et si peu sur vous-même ? Êtes-vous gêné d’être au premier plan ?

Je suis arrivé au premier plan sans avoir été fait pour être au premier plan. Je me suis adapté. J’ai dû vivre au premier plan alors que je n’avais jamais imaginé cela.

Que signifie être archevêque de Paris ?

Le noyau de la fonction est d’être convaincu - et je le suis - que le chef du diocèse de Paris, c’est Dieu ! Je ne suis donc qu’au service de la manière dont Dieu veut gouverner le diocèse de Paris. Je ne suis pas là pour mettre en œuvre des idées personnelles, élaborer des tactiques subtiles… Je suis là pour écouter, pour discerner ce qui me paraît propre à dynamiser la vie de l’Église, à soutenir les chrétiens dans leur effort pour vivre l’Évangile. Paris, c’est aussi la capitale : il y a donc un volume considérable de questions, de situations, de rencontres qui dépasse les forces humaines et personnelles. Ce qui suppose une capacité à réfléchir pour ne pas se laisser emporter par le flux des informations successives. Cela implique de mettre de la distance dans le regard que l’on porte sur la société, de cultiver le sens de la durée et de la continuité. D’avoir enfin un regard bienveillant et positif vis-à-vis des gens qui acceptent de se dévouer pour le bien commun, les politiques. Je trouve malsain qu’on enferme les politiques dans l’image d’hommes et de femmes uniquement préoccupés par leur intérêt personnel. J’ai trop d’estime pour eux, et pour leur engagement, pour croire que c’est le seul moteur de leur activité.

Vous décrivez ici la feuille de route de votre successeur…

Il faut être doué d’une certaine capacité d’endurance et ne pas se laisser complètement consumer par l’événement. Toujours tenir une réserve qui permette de réfléchir à l’événement, indépendamment des affects qu’il suscite en soi. Le responsable n’est pas là pour imposer ses réactions subjectives à tous mais pour aider les autres à surmonter leurs sentiments afin d’accéder à la compréhension des choses.

Vous parliez de « tactiques subtiles ». Vous avez la réputation d’être un redoutable tacticien. Cela fait-il partie du poste ?

J’ai peut-être la capacité de penser spontanément à toutes les conséquences d’une décision ! Mais les bons tacticiens sont ceux dont on ne voit pas la tactique : si tout le monde déchiffre ce que vous voulez faire, il n’y a pas d’effet de surprise…

Dans les moments tellement difficiles et dans le secret de votre prière, vous ne vous êtes jamais révolté, indigné face à Dieu ?

Ma relation à Dieu n’est pas dans ce genre… Par éducation et par mon histoire, je n’ai pas tendance à attribuer les événements à Dieu et encore moins les mauvais événements ! La volonté de Dieu sur l’humanité est une aventure dans laquelle il remet l’homme à sa sagesse. Dieu intervient parfois mais de manière qui reste mystérieuse. La foi, c’est précisément de croire que Dieu ne nous abandonne pas lorsqu’on ne sait pas comment il prend soin de nous.

De quoi seriez-vous le plus fier si l’on parlait de bilan ?

Je suis assez fier du projet pastoral du diocèse de Paris. Ce n’est pas une intention vague et indéfinie mais un projet avec des objectifs annuels. Il repose sur une conviction : en ce temps, l’Église doit être missionnaire… Et la mission, c’est que chaque baptisé soit le plus directement possible impliqué. Lorsqu’il sort de l’église le dimanche, tout commence ! Autour de lui, là où il se trouve.

Avez-vous raté quelque chose ?

Je n’ai pas suffisamment réussi à mettre en œuvre la communion entre les communautés chrétiennes du diocèse, les paroisses. On a progressé sur le plan économique mais passer de la solidarité économique à une solidarité apostolique, c’est plus difficile.

Et quel bilan tirez-vous sur le plan politique et social ?

Sur le plan politique, je n’ai ni réussite ni échec, car je n’étais pas là pour réformer la société française. Je n’ai pas une stratégie de manipulation du monde politique. Je ne suis pas un homme politique, mais j’ai conscience que je représente un corpus d’idées, de pratiques, de convictions qui ont un sens par rapport à la vie politique de la société. Je dois donc essayer de partager ce corpus évangélique. Je peux le faire par des contacts personnels avec des politiques - mais je n’ai pas alors à publier des communiqués - ou par des consultations institutionnelles. Ce que j’ai fait.

L’Église donne toutefois l’impression d’avoir vraiment décroché du débat public…

Ce n’est pas si simple… Lisez Le Figaro de la fin du XIXe siècle ! On faisait les inventaires des églises, on chassait les aumôniers des instituts publics. Le projet explicite était d’éliminer l’Église catholique de la vie publique. Il a été mené à bien ou presque. Ce qui fait la présence publique de l’Église, ce n’est pas une meilleure tactique politique mais que des chrétiens soient réellement des chrétiens et qu’ils empêchent le monde de dormir.

Depuis le mariage pour tous et l’échec de François Fillon à la présidentielle, les chrétiens comme force de propositions politiques en France ont tout de même pris un sérieux coup sur la tête…

L’objectif des chrétiens n’est pas de prendre le pouvoir ! Il y a toujours des péripéties, des bannières qu’il faudrait suivre. Mais au bout du compte, les bannières tombent et les catholiques restent. Il faut donc faire avec les chrétiens, à moins qu’ils ne veuillent plus se montrer. Car la tentation, aujourd’hui, est de se résigner à une différence qui serait insurmontable entre la culture commune de la société et une vision évangélique de l’existence. On ne pourrait plus être chrétien en étant comme tout le monde. Or nous vivons une période où les chrétiens doivent plutôt prendre conscience de leur originalité dans la société.

Mais l’Église, sa hiérarchie doivent aussi s’adapter…

Il est vain d’imaginer que quelqu’un serait capable de mettre au point une tactique pour surmonter cette difficulté. Moi, je n’en ai pas été capable. En effet, l’Église du peuple n’est pas seulement composée de militants et on ne peut pas, non plus, se satisfaire d’une Église à deux vitesses ! L’Église doit donc accueillir tous les degrés et toutes les modalités d’appartenance. La personne qui est cachée derrière un pilier participe tout autant à la messe que le chef de chœur estampillé catholique pratiquant. Ce mystère d’intériorité, personne n’est capable de le rationaliser. Mais il nous revient de permettre à chacun, quel qu’il soit, d’accéder à Dieu, quel que soit le degré de sa participation. Mon espérance est donc que nous ayons une Église suffisamment vivante pour accueillir des gens qui ne sont pas nécessairement « conformes ».

Vous ne voyez pas une perte d’influence de l’Église en France ?

L’Église n’a jamais eu d’influence ! Vous croyez qu’un homme d’Église a infléchi la législation ces dernières décennies en demandant de suivre ce qu’il recommandait ? L’Église n’a pas empêché la loi sur le divorce ou d’autres lois encore. Elle a toujours dit qu’elle n’était pas d’accord, mais cela n’a pas empêché les choses d’arriver ! La réalité de la société ne fonctionne pas comme cela, elle est traversée et travaillée par les poussées idéologiques et de mœurs. L’Église peut exprimer un désaccord, des réserves, elle peut tirer des signaux d’alarme, mais si les chrétiens ne sont pas investis, ce n’est pas l’archevêque de Paris qui va changer le cours des choses… Le mieux que l’archevêque de Paris puisse faire est d’énoncer des questions qui aideront ceux qui sont en responsabilité à comprendre qu’ils font une erreur.

C’est le cas actuel de la PMA pour toutes et de la GPA ?

Oui. La question, ce n’est pas de savoir si la loi les autorisera ou non… mais de savoir s’il y a des chrétiens suffisamment motivés pour ne pas y avoir recours !

Certains s’inquiètent du déclin du catholicisme en France et de la croissance de l’islam…

On ne peut pas parler d’un déclin du christianisme. Il y a en revanche un déclin d’une certaine image et d’une certaine réalité de l’Église, c’est évident… Cela ne veut pas dire que tout disparaît, loin de là ! Ce qui m’inquiète, c’est qu’un vide suffisant se forme pour que les discours enflammés trouvent acquéreurs. Je ne suis pas inquiet de voir des gens venir d’autres horizons en France. Ce qui m’inquiéterait serait de voir ceux qui sont ici devenir tellement indifférents que tous les discours pourraient s’imposer.

À ce titre, beaucoup ne comprennent pas les propos du pape François sur l’immigration.

Le Pape ne dit qu’une chose : il faut accueillir les gens qui sont en difficulté. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des mouvements de population dans l’histoire de l’humanité. La question est de savoir si nous avons une vitalité suffisante pour les accueillir et leur proposer un mode de vie différent ou si nous sommes à ce point anesthésiés que l’on n’ait plus qu’à se cacher et leur laisser occuper le terrain…

Avez-vous le sentiment d’avoir accompli ce que vous deviez ?

J’ai fait une partie de ce que le Seigneur attendait de moi… Dans le domaine de la sainteté, il me reste encore quelques tâches à accomplir…

Si vous aviez à résumer d’un mot votre action ?

La constance…

Source : www.lefigaro.fr


 

« L’autre n’est pas une menace. L’autre n’est pas un concurrent dans une bataille sans fin pour la survie du plus fort. L’autre n’est pas un mal qui doit être marginalisé ou éliminé », déclare Mgr Auza: « L’autre est un bien objectif et subjectif ».

La Mission permanente d’observation du Saint-Siège auprès de l’ONU a organisé un événement parallèle intitulé « L’Autre est un bien pour moi : le rôle du dialogue interreligieux et interculturel dans la lutte contre la violence et les conflits », le 13 octobre 2017, à New York.

Le titre se base sur un sous-titre tiré du livre “Disarming Beauty” par le p. Julián Carrón, président de Communion et Libération, qui a co-sponsorisé l’événement.

L’événement – ainsi que le livre – visaient à s’attaquer aux causes profondes des problèmes sociaux courants, ainsi qu’à promouvoir le dialogue et la culture de la rencontre nécessaires pour les résoudre.

Voici la traduction de Zénit de la synthèse en anglais proposée par la Mission du Saint-Siège.

L’autre n’est pas une menace

« Mgr Auza, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies, a déclaré que le dialogue interpersonnel était essentiel à l’instauration d’une paix durable, que ce soit au niveau interpersonnel ou international, et devait être enraciné dans une volonté sincère de comprendre l’autre.

Il a également noté que, bien que les différents partis puissent avoir des points de vue différents, il est important qu’ils se rapprochent les uns des autres et qu’ils reconnaissent les éléments de la bonté commune et du terrain d’entente.

« Dans différents endroits aujourd’hui, malheureusement, les gens peuvent tellement se concentrer sur ce qui divise au lieu de ce qui unit », a déclaré Mgr Auza. « Il a été difficile d’accepter les différences, qu’elles soient religieuses, politiques ou culturelles ».

Reconnaître la bonté inhérente à chaque personne peut faire passer le paradigme du conflit à la compréhension mutuelle, a-t-il dit.

« L’autre n’est pas une menace. L’autre n’est pas un concurrent dans une bataille sans fin pour la survie du plus fort. L’autre n’est pas un mal qui doit être marginalisé ou éliminé », a déclaré Mgr Auza. « L’autre est un bien objectif et subjectif ».

Il a noté un principe du pape François sur le dialogue interreligieux et interculturel, l’idée de “caminar juntos”, l’espagnol pour “cheminer ensemble” qui suggère que, lorsque des personnes de cultures et de milieux différents commencent à marcher ensemble, elles réalisent leur humanité commune et approfondissent leur vision du monde et leur sens du respect mutuel. Ce respect mutuel, selon Mgr Auza, est nécessaire pour construire une paix durable entre les personnes et les nations.

Le professeur Paolo Carozza, directeur de l’Institut Helen Kellogg pour les études internationales à l’Université Notre Dame, a modéré l’événement et a déclaré qu’un grand paradoxe de l’ère moderne est que, alors que les gens vivent dans une interconnexion mondiale sans précédent, ils sont aussi confrontés à une division et un conflit croissant dans l’identité, la culture, la religion et la politique.

Il a noté que dans les couloirs de l’ONU, les États appellent régulièrement à un plus grand dialogue pour résoudre les crises majeures dans le monde, mais n’ont pas réussi à atténuer les conflits et à y mettre fin.

« Cet appel à un plus grand dialogue est contré par des menaces d’une force accrue et même d’une attaque nucléaire », a-t-il déclaré. Le livre de Carrón aborde les causes des crises qui, selon lui, sont enracinées dans un manque de « sentiment d’appartenance, d’effilochage d’une culture de valeurs communes, de disparition de notre capacité à comprendre et à raisonner ensemble sur les fins et le sens de nos vies et nos communautés ».

Le p. Carrón affirme que la beauté est un fil commun qui unit toute l’humanité et peut unir les gens sans distinction de culture ou de croyance, impliquant des personnes, des communautés, des gouvernements et des plates-formes internationales. La rencontre partagée de la beauté a un effet « désarmant ».

« Comme le disait le pape François, le dialogue commence par la rencontre. Encouragez des rencontres significatives et cela construira une paix durable », a déclaré le p. Carrón.

Le professeur Amitai Etzioni, directeur de l’Institut d’études sur la politique communautaire de l’Université George Washington, a déclaré que les gens doivent être conscients non seulement de leurs droits individuels mais aussi de leur responsabilité envers leur communauté et que l’éducation joue un rôle important dans l’enseignement de l’art du dialogue et du respect mutuel.

« La vie est une lutte entre notre humanité imparfaite et notre capacité à atteindre un plus haut niveau d’accomplissement. Nous avons besoin d’une éducation du caractère », a-t-il dit, soulignant que les traits les plus importants que les communautés doivent inculquer aux enfants sont la gratification tardive et l’empathie.

L’ambassadeur Teodoro Lopez Locsin, représentant permanent de la République des Philippines auprès des Nations Unies, a suggéré que la religion ait sa place à la table de la consolidation de la paix, soulignant que la foi authentique doit être enracinée dans un lieu d’humilité, où les personnes réalisent qu’elles ne peuvent pas seules répondre à toutes les questions les plus fondamentales de la vie.

« Quand quelqu’un a trouvé une réponse religieuse, il devrait considérer l’autre d’une même foi – ou d’une autre foi ou sans aucune foi – comme son semblable », a-t-il dit : « Une personne pleine d’un étonnement craintif qu’il doit traiter comme il le ferait envers lui-même ».

L’ambassadrice Ina Hagniningtyas Krisnamurthi, représentante permanente adjointe de la Mission indonésienne auprès des Nations Unies, a déclaré que si la religion était parfois mal utilisée pour exacerber l’intolérance et les conflits, le dialogue interreligieux et interculturel pouvait aider à construire les ponts nécessaires pour considérer la diversité comme un bien, ce qui est un pilier de son pays, dans lequel 750 dialectes différents sont parlés, et plusieurs religions du monde sont pratiquées.

Les pères fondateurs de l’Indonésie ont reconnu qu’il y a une vérité universelle sur laquelle reposent de nombreuses croyances. C’est pourquoi le pays a adopté la devise « l’unité dans la diversité » et célèbre plusieurs fêtes nationales de différentes confessions. »

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

 


 

 

Homélie du cardinal André Vingt-Trois, église Saint-Eustache

Messe du dimanche 1er mai 2016

[pages 7879654/35378299]
*     *     *

Textes sur les réfugiés, les migrants et les demandeurs d'asile

Le samedi 16 avril 2016, Pape François a visité les réfugiés, dans le camp de Moria sur l'île de Lesbos, où il a été accueilli à l'aéroport par le Président du Conseil grec M. Alexis Tsipras, par le Patriarche œcuménique de Constantinople Barthélémy et par l'Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce Jérôme.

Déclaration commune du Patriarche œcuménique, de l'Archevêque d’Athènes et du Pape :

[pages 7879654/35117432]

Téléchargez le texte en cliquant ici

 

*     *     *

Conférence du Cardinal André Vingt-Trois

Les  chrétiens et le « vivre ensemble »

Mercredi 2 mars 2016 à Milan (Italie)

Invité par le cardinal Angelo Scola à participer à son initiative Dialoghi di Vita Buona – Milano Metropoli d’Europa, le cardinal Vingt-Trois s’est rendu à Milan le 2 mars 2016. Il est intervenu au cours d’une conférence-débat aux côtés de la présidente de la RAI, Monica Maggioni et du président de l’association des industriels de la province de Milan, Assolombarda, Gianfelice Botturi. L’archevêque de Paris y a notamment développé une réflexion sur les fragilités de notre société révélées par les attentats de 2015 à Paris.

[pages 7879654/34069563]


Téléchargez le texte ici

 

*     *     *

"Loué sois-tu, Laudato si" de Pape François

L’encyclique sur l’écologie

[pages 7879654/13629832]


Téléchargez le texte

*     *     *

Nostra Aetate

Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes

[pages 7879654/12444460]

 

Téléchargez le texte

Haut de page

Adresse
Paroisse Saint-Eustache
2 impasse Saint-Eustache
75001 Paris - 01 42 36 31 05

Horaires d'ouverture
9h30-19h en semaine
9h-19h le week-end