Laisser conduire nos pas sur le chemin de la paix. Editorial de la semaine

Qui d’entre nous n’a pas le désir d’être habité par la paix ? Ce mot si chargé de sens, peut être compris avec ambivalence. Il peut signifier pour des personnes ou des collectivités : « Fichez-moi ou fichez-nous la paix ! ». Au regard des Écritures, elle n’est jamais pensée comme un bien-être individuel, mais comme un bienfait qui nous fait entrer dans une histoire collective, où la question de la justice est prégnante. Chaque matin, à l’office des Laudes, l’Église prie le « benedictus », en redisant les paroles de Zacharie, le père de Jean le Baptiste, qui reconnait que la naissance de son fils est une grâce pour tout le peuple, car il annonce la venue de Celui qui vient illuminer nos ténèbres et « conduire nos pas sur le chemin de la Paix » (Lc 1,79). En prenant comme clé de l’histoire le mystère pascal, nous pouvons comprendre que, de même que dans le récit du livre de l’Exode, le peuple des hébreux avait marché sur la mer à pieds sec, de même le Christ nous fait traverser nos ténèbres en redressant nos pieds sur un chemin de paix. Loin de nous extraire de l’histoire, des réalités de ce monde, le Christ nous unifie en nous reliant les uns aux autres et aux événements de ce temps.

Aujourd’hui, l’actualité de l’Église est bien lourde : les enquêtes faites dans des diocèses aux Etats-Unis ou en Allemagne montrent l’ampleur des crimes pédophiles commis par des prêtres et oblige l’ensemble du peuple de Dieu à réfléchir sa « marche » de foi en Église. C’est le sens de la lettre que le pape François a adressé au peuple de Dieu : l’Église et l’annonce de l’Evangile n’est pas que l’affaire des prêtres, elle est l’affaire de tous les baptisés. C’est l’affaire de tout un peuple. Nous avons encore beaucoup à découvrir, en écoutant, en partageant et en laissant venir davantage au jour le « sensus fidei », le sens de la foi de tout le peuple mis en lumière par le concile Vatican II.

Cette année, comme baptisés, en laissant le Christ conduire « nos pas sur le chemin de la paix », nous aurons à cœur de ne pas manquer divers événements qui nous rendent solidaires d’une histoire. Ainsi le dimanche 11 novembre, anniversaire de la fin du premier conflit mondial, qui impliqua les nations d’Europe et leurs colonies de par le monde… avec des chrétiens venus d’Allemagne, nous prierons non seulement pour tous les morts de cette guerre, qu’ils soient d’Europe ou d’ailleurs, mais aussi pour tous les morts des conflits en cours, cette troisième guerre mondiale par morceaux que décrit parfois le pape François.

Dans ce quartier des Halles, au cœur de ce Paris qui devient une « terra touristica », favorisant le commerce et le profit, les pauvres ne manquent pas, mais sont rarement à la fête. Aussi le dimanche 18 novembre, en cette journée mondiale des pauvres, avec tout le diocèse, nous aurons à cœur d’accueillir et faire davantage de place à ceux-ci dans notre É(é)glise. L’année liturgique qui vient sera celle où nous écouterons l’Évangile de Luc. Celui-ci nous met en récit le travail de l’Esprit Saint à l’œuvre dans l’humanité des hommes pauvres. N’est-ce pas l’occasion de revisiter autrement ces événements qui remettent en question nos pratiques et nos assurances ? De vivre une conversion qui nous conduit sur le chemin de la paix ?

Antoine Adam, prêtre de l’Oratoire et vicaire à Saint-Eustache